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Comment le dialogue social a conduit à un prix Nobel de la paix pour la Tunisie

by Houcine Abassi

J’ai grandi en travaillant pour une organisation syndicale.

Notre préoccupation première a toujours été d’unir les syndicats et les autres acteurs sociaux de notre pays. Nous avons connu des hauts et des bas, ainsi que des difficultés économiques.

En comparant notre situation à celle d’autres pays qui ont connu des tensions et des crises, nous avons pu anticiper les facteurs de risque qui sont susceptibles de créer des fractures internes.

Nous avons appris des autres qu’après la guerre, le dialogue est nécessaire.

Au lendemain de la révolution, nous nous sommes vus confrontés à de sérieux conflits, y compris des conflits idéologiques. Ce qui commença par des insultes verbales n’allait pas tarder à se solder par des assassinats politiques. Nous étions extrêmement alarmés par cette situation et le cours des événements.

Nous avons compris que si nous permettions à la violence de prendre le dessus, la situation deviendrait extrêmement grave pour notre petit pays.

Nous devons tirer les leçons de l’histoire et anticiper le danger.

Nous avons vu que les partis politiques étaient divisés par d’innombrables conflits et de profondes différences. Plutôt que de se préoccuper de l’intérêt général, ils restaient tous campés sur des positions radicales intransigeantes.

Bien que certaines tentatives aient été menées envers l’intégration, celles-ci ont manqué de porter leurs fruits. Nous avons donc décidé, en tant que mouvement syndical, de faire face à nos responsabilités. Nous estimions qu’il était nécessaire d’avoir un parti indépendant neutre et que ce parti devait mériter la confiance de tous.

Nous avons débattu de la situation au sein de nos syndicats et élaboré une feuille de route. Nous avons invité les organisations de la société civile à la table et avons interpellé les partis politiques.

Nous leur avons fait comprendre en toute franchise qu’ils se battaient dans le seul but de contrôler le pays et le peuple.

Nous avons aussi souligné le risque pour les vainqueurs, quels qu’ils soient, de se retrouver à la tête d’un pays dépourvu des conditions minimales pour la survie.

Nous avons fait face à des difficultés mais sommes finalement parvenus à les persuader de regarder au-delà de leurs conflits idéologiques et politiques. Le consensus a peu a peu gagné de l’ampleur – jusqu’à ce que nous réussissions à réunir autour de la table tous les partis politiques du pays.

Nous sommes parvenus à une conclusion concernant l’adoption d’une nouvelle Constitution. Nous avons pu établir des institutions telles que la commission électorale indépendante.

Le dialogue doit exister pour pouvoir gouverner des pays. Les guerres et la confrontation ne mènent qu’au désastre. Cependant, l’histoire montre qu’à terme, elles conduisent immanquablement aussi au dialogue.

Nous avons fait en sorte qu’en Tunisie le dialogue précède le conflit, tout en anticipant les conflits et la violence.

La reconnaissance de notre rôle nous a permis de gérer le dialogue et de trouver ainsi une issue au conflit.

Nous nous trouvons au milieu d’une région en proie aux troubles où nous ne disposons pas encore des forces et de l’espace politiques requis pour engager un dialogue et asseoir les conditions d’une paix durable.

Je suis convaincu que si nous conjuguons nos efforts, les syndicats et la société civile ont un rôle majeur à jouer. C’est mon intime conviction.

De cette façon, nous pourrions éviter de graves catastrophes et promouvoir la paix dans le monde entier.

Le dialogue est essentiel. C’est la seule façon de désamorcer des situations de conflit.

Autrement, des intérêts particuliers inciteront au conflit. Certaines forces encourageront les guerres civiles et les milices et leur fourniront les moyens d’agir.

Il y a des gouvernements qui se proclament défenseurs de la démocratie mais qui, en même temps, encouragent et assistent des organisations terroristes. Amener la paix dans le monde n’est pas chose facile car cela dépend de la justice sociale.

En choisissant d’honorer le rôle des syndicats envers l’instauration de la stabilité et la promotion de la solution de paix à travers le monde, le Comité norvégien du prix Nobel a reconnu l’importance du dialogue social.

Aussi longtemps que les feux des projecteurs resteront braqués sur nous, nous nous attellerons à centrer l’attention sur les problèmes graves qui nous concernent.

Premièrement, nous sommes sérieusement inquiets pour les réfugiés et les personnes qui fuient leur pays.

Deuxièmement, nous nous devons de trouver, de toute urgence, une solution humanitaire aux guerres en Syrie, au Liban, en Irak et au-delà et trouver aussi le moyen d’éradiquer les causes de ces conflits.

Nous devons mettre fin aux livraisons d’armes aux milices barbares qui ont transformé des pays entiers en théâtres de guerre et dont le but est d’empêcher la démocratisation.

Troisièmement, nous devons condamner les lois adoptées dans les pays du Golfe qui restreignent les libertés et enfreignent les droits des travailleurs.

Un monde meilleur est possible, surtout si nous arrivons à concilier les intérêts économiques et sociaux.

Pourvu que nous puissions progresser vers la paix dans tous les pays.

Agissons pour faire en sorte que les syndicats aient un rôle à jouer et veillons à ce que celui-ci soit fondé sur le dialogue.

 

Cet article a été traduit de l’anglais.

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