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En Algérie, l’urgence sociale de l’après-élection

by Natacha David

L’élection présidentielle algérienne du 17 avril semble verrouillée d’avance en faveur du président sortant Abdelaziz Bouteflika, qui brigue un quatrième mandat malgré un état de santé fragile qui paralyse les institutions du pays.

La décision du chef de l’État a entraîné une vague de contestations inédite dans le pays, illustrée par le mouvement « Barakat » (ça suffit) et d’autres initiatives issues de la société civile, mais également par les syndicats autonomes algériens qui tentent de mobiliser les travailleurs du pays en dépit des menaces dont ils sont victimes.

Selon Rachid Malaoui, président du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (SNAPAP) :
« L’enjeu ce n’est pas le résultat de l’élection, c’est une mascarade. Le pouvoir, qui tire les ficelles de cette élection, devra accepter un changement pacifique et démocratique. Nous sommes mobilisés sur le terrain pour faire entendre le ras-le-bol de la population et l’urgence criante d’un véritable projet à long terme. »

Malgré la levée de l’état d’urgence en 2011, après 19 ans, sous la pression populaire consécutive au « Printemps arabe », la corruption et la détérioration de la liberté d’association et de réunion au détriment des syndicats indépendants se sont encore aggravées, comme en témoignent le dernier rapport critique de l’Union européenne, ou encore les rapports réguliers d’Amnesty International et de Human Rights Watch.

Suspension de salaires, licenciements, arrestations, …, les délégués syndicaux autonomes risquent gros.

 

La répression n’empêche pas la mobilisation

Le 30 mars dernier, à Alger, la Confédération générale autonome des travailleurs en Algérie (CGATA) tenait sa deuxième assemblée générale dans une atmosphère militante, avec une présence en force de femmes et de jeunes.

Créée il y a plus d’un an, la CGATA, qui vise à fédérer les mouvements syndicaux autonomes et à étendre leur pénétration au sein du secteur privé, n’est toujours pas reconnue par les autorités algériennes.

Une stratégie de blocage commune en Algérie. « Dix-sept syndicats autonomes ont déposé des dossiers de demandes d’agrément auprès du ministère du Travail, notamment dans les secteurs de l’enseignement supérieur, du métro, du tramway, du nettoyage, de la voirie et de l’énergie.

« Le refus de répondre à ces demandes est un abus de pouvoir qui porte atteinte à la liberté syndicale pourtant garantie par la Constitution et les conventions internationales signées en la matière », dénonce le SNAPAP dans un entretien avec Equal Times.

Ce dernier, fer de lance de la nouvelle confédération nationale, a d’ailleurs saisi l’Organisation internationale du travail (OIT) à cet égard.

« Le pouvoir instrumentalise la justice. Pratiquement toutes les grèves sont déclarées illégales », ajoute Kadour Chouicha, du syndicat autonome des enseignants du supérieur, également non-reconnu. « Dans certains secteurs jugés stratégiques, il est strictement interdit de créer un syndicat autonome et toute personne qui ose dénoncer une injustice est aussitôt sanctionnée, voire licenciée.»

« Les femmes syndicalistes sont ciblées et marginalisées, comme dans le cas des femmes syndicalistes du ministère de la Justice, suspendues en avril 2012 en raison d’une action de grève », dénonce également Yamina Meghraoui, présidente du comité des femmes du SNAPAP.

 

Le mot ‘syndicat’ banni des entreprises

Cet état des lieux affligeant des libertés syndicales est confirmé anonymement à Equal Times par un employé d’une entreprise de conditionnement de tabac à capitaux étrangers : « Il est quasiment interdit de prononcer le mot ‘syndicat’ dans l’entreprise. Parmi les quelque 800 travailleurs du site, il y a énormément de méfiance et de peur.
La direction dit aux travailleurs « si vous avez un problème, venez nous en parler ». Mais celui qui fait la démarche est étiqueté ‘fauteur de troubles’, victime de harcèlement et poussé au départ. »

Depuis plus d’un mois, des ouvriers de la cimenterie d’Oggaz, à Mascara, exploitée par le groupe français Lafarge, sont en grève de la faim. Lafarge a supprimé 270 postes d’emploi en cinq ans, alors que la production du site n’a cessé d’augmenter durant la période.

Des syndicalistes autonomes affiliés au SNAPAP et des défenseurs des droits humains ont organisé un sit-in de soutien devant le siège de Lafarge, à Alger, pour dénoncer les harcèlements et l’exploitation des travailleurs du groupe, soumis à une cadence de travail de plus en plus lourde et dupés par des promesses non-tenues de profiter des bénéfices sous forme de primes.

Dans le sud du pays, région d’exploitation du pétrole et du gaz et lieu d’implantation de grandes multinationales, « on est face à de véritables zones de non-droit », dénonce le leader syndical autonome et militant des droits humains Yacine Zaïd.

Licencié de la multinationale française d’agroalimentaire Eurest pour avoir voulu monter un syndicat autonome en 2006, Yacine Zaïd, plusieurs fois arrêté, accuse les sociétés algériennes de sous-traitance qui ‘alimentent’ en main-d’œuvre les multinationales « avec la complicité de l’État et de la centrale syndicale Union générale des travailleurs algériens (UGTA) qui lui est inféodée ».

Alors que les moins de 30 ans représentent 70% de la population, le chômage est endémique et l’économie informelle explose.

Pour la CGATA, les mécanismes censés diminuer le chômage des jeunes (contrats pré-emploi, CDD abusifs, …) ne font en réalité qu’aggraver la précarisation de l’emploi. « Il n’y a ni travail, ni avenir pour les jeunes, diplômés ou non, particulièrement dans le sud où les injustices sont très grandes », soulignent de leur côté les militants de la Coordination nationale de défense des droits des chômeurs (CNDDC).

« Le pouvoir a acheté la paix sociale en puisant dans la rente pétrolière et en creusant le déficit du pays pour calmer la mobilisation de 2011. Mais c’est un système tout à fait artificiel », analyse Rachid Malaoui.

Pour le président du SNAPAP, « le prétendu dialogue social dont se targue le pouvoir est totalement factice. Comme lorsque nous avons obtenu des augmentations de salaires en 2008 suite à une grève, rien ne bouge si ce n’est grâce à la mobilisation sur le terrain.»

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