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Le travail tue 150 personnes par jour aux États-Unis

by Cécile Fandos

Cent cinquante travailleurs meurent chaque jour aux États-Unis des suites de blessures intervenues sur leur lieu de travail ou de maladies professionnelles.

<p>On 28 April, every year, the United States honours the memory of people killed at work. This photo is from a ceremony held in Dallas, on 28 April 2015, for the undocumented workers who have died in recent years.</p>

On 28 April, every year, the United States honours the memory of people killed at work. This photo is from a ceremony held in Dallas, on 28 April 2015, for the undocumented workers who have died in recent years.

(Workers Defense Project)

Ce constat, c’est l’American Federation of Labor and Congress of Industrial Organizations (AFL-CIO), la principale fédération syndicale américaine, qui le tire dans son dernier rapport sur « le prix de la négligence », en se basant sur les chiffres du ministère du Travail américain.

Rien qu’en 2013, plus de 4500 personnes sont mortes sur leur lieu de travail, et environ 50.000 autres travailleurs sont décédés des suites de maladies contractées au cours de leur carrière.

« Le Dakota du Nord continue de se distinguer comme un endroit particulièrement dangereux et meurtrier pour travailler », indique l’AFL-CIO, en citant « le plus fort taux de mortalité professionnelle du pays », à 14,9 pour 100.000 travailleurs, soit plus de quatre fois la moyenne nationale. Le développement fulgurant de l’exploitation du gaz de schiste via la fracturation hydraulique est en grande partie responsable de ce triste record.

Pourtant, c’est le Texas, un autre État américain marqué par l’essor du « fracking », qui comptabilise le plus de décès durant les heures de travail : 493 rien qu’en 2013, soit plus que la Californie qui, la même année, a enregistré 385 morts pour une population de près de 39 millions d’habitants, contre moins de 27 millions pour le Lone Star State.

 

Course vers le bas sur les chantiers de construction

« Plus de travailleurs meurent au Texas que dans n’importe quel autre État », dénonce l’association de défense des travailleurs Workers Defense Project (WDP) basée à Austin, la capitale de l’État, où elle s’attache plus particulièrement au secteur de la construction.

Ce dernier caracole en tête des secteurs les plus meurtriers avec le transport terrestre aux États-Unis.

Dans cette région en plein essor, où la croissance démographique était plus du double de celle du pays au cours des cinq dernières années, « un membre sur treize de la population active travaille dans le domaine de la construction » souligne Robert Delp, responsable du programme Better Builder du WDP.

Par le biais de ce programme lancé il y a trois ans, les constructeurs s’engagent notamment à former l’ensemble des personnes travaillant sur leurs chantiers à la sécurité et à leur assurer une indemnité en cas d’accident.

« Nous devons trouver de nouvelles façons de récompenser les constructeurs qui veulent bien faire les choses, » poursuit Delp.

Le fait de réserver les contrats publics aux entreprises de travaux permettant à leurs salariés de faire des pauses et les ravitaillant en eau, comme le fait la ville d’Austin, ne suffit pas à instaurer une culture de sécurité, estime-t-il.

De plus, selon Delp, « la main-d’œuvre des chantiers de construction est principalement composée de travailleurs latinos, pour beaucoup nés à l’étranger ».

Or, « le taux de mortalité des travailleurs latinos a atteint 3,9 pour 100.000 travailleurs en 2013, contre 3,7 pour 100.000 en 2012 », s’alarme l’AFL-CIO, en notant que « deux tiers des décès sont intervenus chez des travailleurs nés en dehors des États-Unis ».

Le syndicat en conclut que « le secteur de la construction est responsable du plus grand nombre de morts de travailleurs latinos ».

Un ouvrier amputé d’un doigt après qu’un contremaître a laissé déraper une perceuse ; un autre licencié après s’être blessé au dos ; les frais médicaux d’un peintre non couverts par son employeur l’ayant illégalement classifié comme prestataire plutôt que salarié… La litanie des dossiers montés par le WDP illustre l’étendue des progrès qu’il reste encore à réaliser.

Ayant perdu cinq de ses orteils sur un chantier, l’ouvrier d’origine mexicaine Javier Bautista raconte qu’il n’a même pas été payé pour ce travail. « On doit payer son loyer, avoir quelque chose à manger. C’est pour cela qu’on va au travail. Mais ils ne m’ont même pas payé. C’était pour rien. »

« Comme l’ont montré les recherches du Workers Defense Project avec les universités du Texas et d’Illinois, un travailleur de la construction sur cinq sera sérieusement blessé au travail au cours de sa vie professionnelle au Texas », dénonce Matt Gonzales, membre du syndicat Laborers’ International Union of North America (LIUNA), qui coordonne des sessions de formation à Austin sur la sécurité au travail.

« La main-d’œuvre est encore vue comme une denrée abondante dans ce pays. Il y a une course au moins-disant qui fait que tout le monde essaye de trouver des salariés qu’il peut payer moins. »

Pour sortir de ce système qui considère trop souvent les ouvriers de la construction comme un bien parmi d’autres, « il faut que chacun connaisse ses droits et il faut un syndicat » estime Gonzales, en soulignant que seuls 5 % des chantiers au Texas sont syndiqués.

Le WDP ajoute la nécessité d’une réforme migratoire, pour faire sortir de l’illégalité l’imposante main-d’œuvre de sans-papiers qui tend à niveler les conditions de travail vers le bas.

Malgré la profondeur du problème, le mouvement social se veut combatif afin d’organiser davantage de travailleurs et de leur inculquer une culture de la sécurité sur le lieu de travail. « Notre union s’inscrit dans des décennies d’histoire de grèves et de blocages de sites de production. Tout comme nous, les gens en ont eu marre d’être utilisés et maltraités », conclut Gonzales.

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