Ces retraités européens qui vivent avec 82 euros par mois

Ces retraités européens qui vivent avec 82 euros par mois

In this file photo from January 2007, Bulgarians protest in front of the country’s parliament building, calling for the government to increase their pensions.

(AP/Petar Petrov)

Nedyalka Arabadzhieva a 85 ans et vit dans la ville de Veliko Tarnovo, dans une région montagneuse du nord de la Bulgarie. Après avoir effectué la quasi-totalité de sa carrière professionnelle dans les services postaux, elle survit aujourd’hui avec une pension mensuelle de 161 leva bulgares (environ 82 euros) par mois.

C’est une somme dérisoire à tous les niveaux : non seulement la pension de Nedyalka Arabadzhieva est deux fois inférieure au seuil de pauvreté, actuellement fixé à 314 leva (environ 160 euros) en Bulgarie, mais sa pension est aussi trois fois inférieure aux pensions minimales perçues dans les pays voisins (Albanie, Macédoine et Serbie) et est environ dix fois inférieure aux pensions des autres pays de l’Union européenne.

La pension qu’elle reçoit est la somme minimale octroyée pour une carrière complète ; les personnes qui n’ont pas travaillé toute leur vie d’adulte touchent une somme plus faible, environ 118 leva bulgares (60 euros).

Depuis 1988, date du départ à la retraite de Nedyalka Arabadzhieva, sa pension n’a été augmentée qu’une seule fois, à la suite d’un nouveau calcul en 2008. Mais, ce n’était déjà pas suffisant en 2008 et ça l’est encore moins à l’heure actuelle. « Quand je reçois ma pension, je règle avant tout mes factures. Ce qui reste est pour payer mes médicaments et le reste du reste est pour manger. »

Elle explique qu’elle survit grâce à un budget serré et à l’aide de ses deux filles. Elle est chanceuse : de nombreuses autres personnes doivent compter sur les distributions de vivres des associations caritatives, comme la Croix Rouge.

« Il y a à peine quelques jours, j’ai vu un homme dépenser plus de 100 leva (51 euros) rien que pour des médicaments », raconte Nedyalka Arabadzhieva. « C’est comme ça que les personnes avec des petites pensions meurent. Elles n’ont pas les moyens de se payer des médicaments chers. »

En crise

Le régime de retraite bulgare est en crise. D’après des informations datant de 2016, environ un quart des près de 2,2 millions de retraités du pays reçoivent une pension minimale.

Nombre d’entre eux ont à peine de quoi manger, sans parler de se chauffer en hiver, surtout depuis que les compagnies énergétiques ont récemment annoncé une hausse jusqu’à 40% des frais de chauffage. De ce fait, de nombreuses personnes en âge de prendre leur retraite — 60 ans et 10 mois pour les femmes et 63 ans et 10 mois pour les hommes — continuent de travailler.

Selon des statistiques de l’Institut national de sécurité sociale, les femmes reçoivent en moyenne des pensions plus basses que celles des hommes pour diverses raisons, dont un nombre inférieur d’années de travail rémunéré (à cause de la maternité et d’autres types de travaux non rémunérés) et la discrimination.

D’après les informations de l’Institut, par exemple, lorsqu’un homme perçoit en moyenne 386 leva (196 euros), pour des années de service et un âge équivalents, une femme n’en touchera que deux tiers.

Quelques semaines avant les dernières élections législatives en Bulgarie, en mars, des centaines des retraités ont manifesté pour dénoncer ces pensions sous le seuil de pauvreté du pays.

Au cours de la campagne électorale, les deux principaux partis bulgares — le parti de centre-droite, GERB, et le Parti socialiste bulgare — ont parlé d’augmenter les pensions nationales, mais les deux propositions incluaient aussi une augmentation de l’âge de la retraite et du nombre d’années de service avant de pouvoir prétendre à une pension de l’État.

Par exemple, le nouveau gouvernement réélu (GERB) du premier ministre Boyko Borisov a promis d’augmenter la pension minimale à environ 201 leva (102 euros), mais il a donné peu d’explications quant à la façon d’y parvenir.

« Que va-t-il se passer si la pension minimale est augmentée ? Deux choses : soit il y aura une dévaluation du lev et les gens recevront bien une pension plus élevée, mais ils pourront acheter moins avec cette somme ; soit il faudra arrêter les grands projets d’infrastructure et l’État consacrera tout aux pensions », explique Nikolay Vasilev, un économiste qui a été le ministre de l’Économie bulgare de 2001 à 2003.

Crise démographique

Après la chute du communisme en 1989, les pensions nominales des Bulgares ont bien augmenté, mais, du fait de l’inflation galopante, en termes de pouvoir d’achat, la valeur des pensions s’est effondrée.

Et la crise démographique vient aggraver la situation. Dans les prochaines années, le nombre de personnes en âge de travailler va encore diminuer, alors que le nombre de celles en âge de recevoir une pension et ayant besoin d’une protection sociale augmentera.

D’après les projections de l’Institut national de sécurité sociale, d’ici 2060, les dépenses de l’État pour les pensions passeront à plus de 30 milliards de leva par an (15 milliards d’euros) — le montant actuel de la totalité du budget de l’État — alors qu’elles se situaient à environ 8 milliards de leva (4,09 milliards d’euros) en 2014.

De plus, en 2060, tous les Bulgares qui travailleront devront soutenir en moyenne un retraité, car la population active du pays d’environ 3,3 millions de personnes devrait baisser pour atteindre 2 millions.

Depuis 2016, les femmes doivent travailler 35 ans et deux mois avant de pouvoir prétendre à une pension, alors que pour les hommes, c’est 38 ans et deux mois. D’ici 2036, le nombre d’années de service sera de 37 ans pour les femmes et de 40 ans pour les hommes ; l’âge de la retraite passera ainsi à 64 ans et neuf mois pour les femmes, et à 65 ans pour les hommes.

Mais, il y a encore d’autres problèmes qui se profilent à l’horizon pour les retraités bulgares. Le nombre de personnes qui ont atteint l’âge de la retraite sans avoir accompli le nombre d’années de service augmente, selon l’Institut. En fait, ces travailleuses et ces travailleurs représentent environ un quart des personnes récemment retraitées.

Compte tenu de la hausse inexorable du nombre de travailleurs informels, de travailleurs rémunérés au salaire minimum et de travailleurs saisonniers n’ayant jamais été couverts par la sécurité sociale bulgare, le régime de retraite national est une bombe à retardement sur le point d’exploser.