La bataille pour l’égalité des sexes bat son plein en République tchèque

La bataille pour l'égalité des sexes bat son plein en République tchèque

Czech women are twice as likely to be poor as Czech men, according to a report published by Social Watch earlier this year.

(David W. Cerny/Reuters)
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En périphérie de la ville de Brno, à l’est de la République tchèque, Jana Molková est assise dans la cuisine de son petit appartement. Elle est à la recherche d’un emploi en ligne. Cela fait six mois qu’elle ne travaille pas ; depuis qu’elle a perdu son poste d’agent de nettoyage dans une usine non loin de chez elle.

« J’ai perdu cet emploi parce qu’ils voulaient que je travaille plus longtemps et ce n’était pas possible pour moi, » explique-t-elle. « Je dois aller chercher mon fils à l’école, préparer les repas et tout le reste. Ce n’était tout simplement pas possible. Maintenant, on survit comme on peut. »

Le mari de Jana est parti soudainement il y a deux ans et depuis lors, elle élève seule leurs deux fils, âgés de trois et huit ans. L’aide financière de l’État est « tout à fait minimale », déclare-t-elle à Equal Times, et quand on lui demande si son mari lui verse une pension alimentaire pour ses enfants, elle hoche tout simplement la tête. « Nous avons dû emménager dans un appartement beaucoup plus petit lorsqu’il est parti, » déclare-t-elle. « La vie a beaucoup changé. »

Jana n’est pas un cas isolé. De fait, d’après un rapport publié par Social Watch en début d’année, en République tchèque les femmes sont deux fois plus susceptibles d’être pauvres que les hommes. Les mères célibataires comme Jana comptent parmi les personnes les plus susceptibles de vivre dans la pauvreté, à l’instar des migrantes et des femmes de plus de 65 ans.

Le rapport indique que les femmes sont seules responsables de 87 % des quelque 180.000 familles monoparentales de la République tchèque. Par ailleurs, les mères célibataires sont plus susceptibles d’être faiblement rémunérées et deux fois plus touchées par le chômage que la moyenne nationale.

De plus, une nouvelle étude de l’Institut syndical européen (ETUI) indique qu’en 1993, les salaires de la République tchèque étaient en moyenne 8,3 % plus faibles que ceux pratiqués en Allemagne. En 2015, cette disparité avait grimpé à 30,9 %, et ce, malgré les niveaux croissants de productivité.

Le rapport de Social Watch reflète avec précision la situation actuelle en République tchèque selon la Confédération tchéco-morave des syndicats (CMKOS), la plus importante confédération de syndicats de la République tchèque

« Le problème le plus important dans notre pays réside dans l’écart de rémunération très élevé entre les hommes et les femmes, mais aussi les faibles salaires et les rémunérations en général ; surtout dans les secteurs professionnels où les femmes prédominent, » déclare à Equal Times Dana Machátová, Présidente du Comité de la CMKOS pour l’égalité des chances entre les femmes et les hommes. « Il s’agit de la principale cause de féminisation de la pauvreté, en particulier chez les mères célibataires et les femmes pensionnées. »

Marketa Mottlová, auteur du rapport et coordonnatrice de projet de Forum 50 %, une organisation de surveillance de l’égalité en République tchèque, déclare que les conséquences de cette position défavorisée des femmes sur le marché du travail sont graves en matière de dépendance économique et de pauvreté.

Selon la CMKOS, les problèmes financiers auxquels se heurtent les femmes tchèques sont étroitement liés à d’autres problèmes d’inégalité tels que la sous-représentation au gouvernement. La violence domestique est une autre problématique qu’il est impossible de séparer de la dépendance économique dans une société où, comme le soulignent les experts, les attitudes sexistes persistent dans de nombreuses régions.

Plus alarmant encore, Mottlová révèle qu’une femme sur trois a été victime de violences au cours de sa vie.

« De nombreux stéréotypes au sujet du viol existent dans la société tchèque, » déclare-t-elle. « Les victimes sont parfois considérées comme coresponsables du viol. »

« La pauvreté chez les femmes et la violence à l’égard des femmes sont les conséquences les plus graves de l’inégalité entre les sexes en République tchèque, » déclare à Equal Times Hana Stelzerová, directrice du Lobby des femmes tchèques.

« Bien évidemment, il existe d’autres inégalités structurelles dans la société tchèque et celles-ci sont souvent liées au sexisme et à la perception des femmes comme étant les responsables du foyer et, par conséquent, celles qui assument le travail non rémunéré, » déclare-t-elle. « Ce sont les femmes qui prennent soin des nécessiteux, ce qui a un effet sur leur revenu. »

« Les femmes tchèques choisissent souvent de rester au foyer pour s’occuper des enfants pendant une longue période sans en anticiper les effets négatifs, » ajoute-t-elle. « En cas de problème dans la famille, les femmes deviennent économiquement dépendantes des hommes. »

Du fait que les femmes assument systématiquement les fonctions de soins non rémunérées, habituellement, les hommes sont en mesure de consacrer beaucoup plus de temps au développement d’une carrière tout au long de leur vie, déclare-t-elle, ce qui signifie qu’ils jouissent d’une « supériorité économique sur les femmes. »

Comment s’attaquer à l’inégalité entre les sexes

Le Lobby des femmes tchèques constitue l’une des nombreuses voix qui commencent à se faire entendre dans le pays pour faire pression sur le gouvernement pour que celui-ci adopte des mesures concrètes attaquant l’inégalité entre les sexes.

« Deux mesures qui pourraient contribuer à remédier à la pauvreté des femmes sont à présent à l’ordre du jour politique : le logement social et la pension alimentaire de substitution pour les parents célibataires, » indique Mottlová. « Les autorités devraient également adopter des mesures concrètes pour combler l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes ; par exemple, des évaluations de la façon dont sont traitées les questions sexospécifiques dans les institutions publiques. »

Mais les progrès réalisés par le gouvernement tchèque sur l’égalité entre les sexes sont lents.

En mai 2016, la République tchèque signait la Convention d’Istanbul. La République tchèque était l’avant-dernier État à le faire et depuis lors, la convention n’a pas encore été ratifiée. Selon le rapport de Social Watch, la raison du retard est « le manque de volonté d’accepter la problématique du sexisme lorsqu’il s’agit de la thématique de la violence. »

« On constate une réticence [parmi les fonctionnaires du gouvernement] à reconnaître que la violence est sexiste et qu’elle reflète les relations entre les sexes dans la société, » affirme Mottlová. « Dans la plupart des cas, les femmes sont les victimes et les hommes, les auteurs. »

Dans l’intervalle, les propositions visant à introduire des quotas législatifs pour la proportion des femmes sur les listes électorales ont été rejetées, en dépit du fait que l’une des recommandations de la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes soit précisément l’introduction de quotas.

Par ailleurs, le fait que les femmes sont sous-représentées dans les postes de décision en République tchèque n’améliore pas la situation.

« Même si les femmes constituent la moitié de la société, seul un cinquième d’entre elles est représenté dans la vie politique, » déclare Mottlová. « Étant donné que les décisions politiques influencent aussi bien les hommes que les femmes, les expériences et perspectives des femmes se doivent d’être représentées. »

Optimisme à propos de l’avenir

Toutefois, le gouvernement tchèque actuel donne aux militants quelques raisons de se montrer optimistes à propos de l’avenir. Stelzerová déclare qu’il y a des raisons d’espérer que la situation économique des femmes s’améliore « grâce à l’actuelle ministre du Travail, qui est une féministe. »

En attendant, le relèvement du salaire minimum national s’est finalement concrétisé.

La CMKOS déclare que, pendant de nombreuses années, elle avait tenté en vain d’obtenir une augmentation du salaire minimum. « Seul le gouvernement actuel répond aux revendications des syndicats, » déclare Machátová. « Néanmoins, la CMKOS continue à demander de nouvelles augmentations du salaire minimum, car il s’agit également d’un instrument important pour réduire l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes. »

La CMKOS et les syndicats affiliés mènent une campagne intensive contre la main-d’œuvre bon marché en République tchèque. Cette campagne comprend également des initiatives pour réduire et éliminer l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes.

« L’objectif de la campagne est d’extirper l’économie tchèque du concept économique persistant des faibles salaires et traitements, » affirme Machátová. « La pression syndicale a positivement influencé la négociation dans le secteur privé et les augmentations de salaire dans la sphère publique. »

Les experts soulignent également la lente prise de conscience du public concernant les questions liées au genre et la couverture médiatique de plus en plus large en République tchèque.

« Je pense que les médias prêtent beaucoup plus attention aux questions d’égalité entre les sexes que par le passé ; ce qui constitue un développement positif,  » déclare Mottlová.

« Toutefois, l’amélioration de l’égalité entre les sexes n’avance qu’à petits pas et il nous reste encore un long chemin à parcourir. »