Les autorités de Harare lancent un ultimatum aux vendeurs de rue

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Le Zimbabwe compterait 5,7 millions de travailleurs informels, dont la contribution annuelle à l’économie nationale s’élèverait à 7,4 milliards USD, mais ces personnes ne reçoivent que peu de reconnaissance ou de soutien de la part de l’État.

Pourtant, en août de cette année, le gouvernement zimbabwéen, désireux de stopper l’érosion de sa base fiscale, a lancé un nouveau programme pilote dans la capitale, Harare, destiné à recueillir des taxes auprès des vendeurs de rue qui seront obligés de travailler dans des zones commerciales bien définies.

Les vendeurs itinérants de Harare, qui vendent de tout, des légumes aux recharges de téléphone portable et aux chaussures, ont jusqu’au 20 septembre pour se faire connaître auprès des autorités municipales de la capitale.

Les vendeurs ne pourront pas travailler en dehors des zones établies et devront s’acquitter d’une taxe quotidienne allant d’un à trois USD pour pouvoir y exercer leurs activités.

Toute personne qui enfreindrait les nouvelles règles se verra confisquer ses biens qui ne lui seront restitués que moyennant le paiement d’une amende de 20 USD.

Deux organisations syndicales représentant les travailleurs informels, le National Vendors Union of Zimbabwe (NAVUZ) et la Zimbabwe Chamber of Informal Economy Associations (ZCIEA), ont dénoncé le programme qui devrait démarrer à la fin du mois de septembre et qui sera ensuite étendu au reste du pays.

Elles expliquent qu’elles ne sont pas opposées au fait que leurs membres s’acquittent de taxes, mais elles accusent le gouvernement de refuser de dialoguer sur la meilleure façon de procéder.

« Les autorités municipales de Harare auraient d’abord dû nous consulter avant de se précipiter pour mettre cette mesure en œuvre », explique Samuel Wadzai, le directeur national de NAVUZ.

À l’heure actuelle, moins de 10 % des vendeurs des rues de la ville se sont enregistrés comme l’exige le programme.

Ils se plaignent que les stands proposés par le Conseil municipal dans 11 zones du quartier central d’affaires de la capitale sont souvent mal placés et éloignés, et inabordables.

 

Pas prêts

À partir de la fin du mois de septembre, le commerce ambulant sera formellement interdit à Harare, mais pour Samuel Wadzai, ni les autorités ni les vendeurs ne sont prêts pour cette nouvelle situation. Il s’interroge :

« Selon les données de NAVUZ, il y a plus de 8000 vendeurs dans le quartier central des affaires de Harare, alors pourquoi les autorités n’ont-elles prévu de stands que pour 1000 personnes ? Que vont faire les 7000 autres vendeurs ? NAVUZ plaide en faveur d’un système qui englobe tous les vendeurs », explique-t-il.

Pour le directeur national de l’organisation, il est aussi injuste de prélever quotidiennement des taxes, car la majorité des vendeurs parviennent à peine à couvrir la somme.

« Nous avons proposé que les taxes finalement établies soient acquittées sur une base mensuelle pour donner aux vendeurs le temps de gagner suffisamment », poursuit-il.

Pour le secrétaire général de ZCIEA, Wisborne Malaya, il est ironique que le Conseil municipal et le gouvernement exigent désormais une taxe des vendeurs qu’ils ont harcelés quotidiennement.

« Ils nous traitent comme des délinquants. Nous avons subi toutes formes de harcèlements : ils nous ont maltraités, arrêtés, ils ont confisqué nos biens. Et maintenant, tout à coup, le gouvernement parle de nos imposer des taxes comme si nous y étions opposés ou que ne payions aucun impôt », explique Wisborne Malaya.

 

Vendeurs handicapés « exclus »

Eric Tanyanyiwa, qui dirige le département des personnes handicapées de NAVUZ, critique également les autorités qui ne tiennent pas leur promesse de réserver 20 % des stands pour les vendeurs physiquement handicapés et socialement désavantagés.

« Notre gouvernement n’a pas l’argent nécessaire pour fournir des prestations sociales aux personnes désavantagées. Nous avons aussi des enfants dont nous devons prendre soin. Ils devraient nous attribuer le quota de 20 % pour que nous puissions payer les frais de scolarité de nos enfants et les nourrir », explique-t-il.

Fungai Sanyamutemba a 30 ans, il est handicapé et vend des cartes de recharge et des sucreries ; il explique qu’il ne gagne pas assez d’argent pour payer la taxe quotidienne de 1 USD.

Il poursuit en précisant que si les autorités demandaient moins, davantage de vendeurs coopéreraient, et donc les gains seraient plus importants à la fois pour le Conseil municipal et pour le gouvernement.

Pour Simplicio Marara, qui vend divers objets depuis son fauteuil roulant, les vendeurs handicapés ne devraient payer aucune taxe.

« Nous sommes désavantagés et la vie est difficile pour nous. Nous ne pouvons pas obtenir un emploi formel et en tant que vendeurs, nous ne pouvons pas rivaliser avec les personnes valides, car nous ne pouvons pas courir après les clients ou, pour certains qui sont sourds, ils n’entendent pas si un client réclame quelque chose ».

Selon la commandante de la police de Harare, Rachel Mawoyo, le Conseil municipal désire dialoguer avec les travailleurs de l’économie informelle et peut-être revoir certaines de ses décisions.

Toutefois, la réticence des vendeurs des rues à s’enregistrer rend la planification très compliquée pour les autorités.

« Depuis que nous avons ouvert les centres d’enregistrement, le 20 août, seulement 700 vendeurs se sont inscrits et les autres ne semblent pas venir. Cela va nous poser des problèmes d’attribution des stands puisque nous ne chercherons de places que pour celles et ceux qui sont enregistrés », explique-t-elle.