Les cryptomonnaies : une révolution pour la coopération internationale ?

Les cryptomonnaies : une révolution pour la coopération internationale ?

The most popular cryptocurrency is Bitcoin. The United Nations, however, has chosen to use the Ethereum platform for its World Food Programme. Archive photo from 13 July 2015, New York.

(AP/Mark Lennihan)

L’argent virtuel, c’est-à-dire les cryptomonnaies, offre de nouvelles possibilités dans la gestion transparente, sûre et immédiate de l’aide humanitaire internationale.

Quelles sont-elles exactement ? Les cryptodevises sont des monnaies numériques chiffrées fondées sur la technologie appelée blockchain. « La “chaîne de blocs” ou blockchain est un registre d’événements numériques qui est distribué parmi plusieurs parties [utilisateurs]. Pour être précis, le registre ressemble à un livre (d’ailleurs, c’est ce que l’on appelle un “grand livre”, comme ceux utilisés en comptabilité) où chaque mouvement numérique prévisible (p. ex., une vente, un échange, un accident ou un incident dans le cadre d’une relation assureur-assuré) est consigné de telle sorte que personne, qu’il s’agisse d’une personne ou d’une entité, ne contrôle ce livre, » explique la journaliste Covadonga Fernández, cofondatrice de l’Observatorio Blockchain et correspondante en Espagne du magazine en ligne CriptoNoticias.

La méthode la plus simple et la plus courante pour obtenir des cryptomonnaies consiste à utiliser des plates-formes numériques d’échange. Certaines d’entre elles permettent d’échanger directement des dollars ou des euros contre des cryptodevises, mais d’autres n’acceptent que les achats et les ventes réalisés entre deux cryptomonnaies. En règle générale, les cryptodevises les plus populaires (comme le Bitcoin ou l’Ether par exemple) sont utilisées comme devise d’échange pour d’autres monnaies minoritaires. Certaines des plates-formes d’échange les plus connues sont coinbase.com, bittrex.com, kraken.com ou bitstamp.net.

La valeur des cryptomonnaies les plus courantes varie en fonction de leur cotation sur le marché, le 3 janvier 2018, par exemple, la valeur d’un Bitcoin s’élevait à 15, 588.40 dollars US, un Ethereum à 844.53 dollars US, un Bitcoin Cash à 2675.45 dollars US, un Litecoin à 252.33 dollars US et un Dash à 1152.65 dollars US.

Progressivement, la présence de cet argent numérique s’est insinuée dans l’opinion publique du monde entier et ses utilisations potentielles ont attiré l’attention des organisations internationales.

« La chaîne de blocs est mondiale et ne connaît pas de frontières physiques ; ce qui la rend très attrayante pour la coopération et le progrès à travers le monde. Ce phénomène commence déjà à se produire, » déclare William Mougayar, un investisseur fort de plus de 35 ans d’expérience dans le secteur des technologies et auteur de « Business blockchain - pratiques et applications professionnelles » (titre original : « The Business Blockchain: Promise, Practice, and Application of the Next Internet Technology »).

La première de ses applications est liée aux microdonations que la chaîne de blocs permet d’effectuer à un coût très faible. « Il est possible de verser de petites sommes d’argent (même des centimes d’euro) et celles-ci parviennent à leur destinataire presque entièrement. Sous la forme de micropaiements, elle est appliquée dans de nombreuses industries, comme la création et le divertissement, où les petites sommes sont monnaie courante pour des produits tels que des articles ou des chansons, » déclare Fernández.

Ceci se révèle particulièrement intéressant dans le domaine de la coopération internationale, étant donné qu’elle génère également un enregistrement pour chaque transaction. En d’autres termes, il existe une véritable traçabilité de chaque opération, depuis celui qui émet l’argent de l’aide jusqu’à sa destination finale, ce qui est particulièrement intéressant lorsque l’on recherche une transparence maximale.

Au niveau international, il n’existe pas de cadre juridique commun ou normalisé. En Islande, par exemple, l’échange de bitcoins est contraire à la législation islandaise sur le change (Foreign Exchange Act). Sur le continent, on recherche déjà une réglementation sans interdiction. La Commission européenne espère adapter la quatrième directive sur la lutte contre le blanchiment de capitaux, adoptée le 20 mai 2015, afin d’y inclure les cryptomonnaies. « Les monnaies virtuelles se développent à grande vitesse et sont un exemple d’innovation numérique. Toutefois, dans le même temps, il existe un risque que des organisations terroristes utilisent ces monnaies pour contourner le système financier traditionnel et réaliser des opérations anonymes, » élabore une fiche d’information explicative préparée par la Commission européenne.

Ethereum et les Nations Unies : briser la glace

Le bitcoin est la cryptomonnaie la plus populaire, mais les Nations unies ont choisi la plate-forme Ethereum pour son Programme alimentaire mondial.

« La plate-forme Ethereum est un projet à code source ouvert avec des milliers de collaborateurs du monde entier, ainsi qu’une équipe dédiée de développeurs principaux, proches de la Fondation Ethereum. Ils travaillent sur les enjeux de sécurité et d’extensibilité depuis plus longtemps que n’importe quel autre projet de chaîne de blocs à grande échelle, » explique Mougayar.

Un autre élément clé de son succès est qu’Ethereum fait preuve d’une très grande transparence en publiant régulièrement des rapports expliquant son évolution et sa progression. « L’objectif d’Ethereum est double : il constitue une plate-forme technologique qui soutient la création d’applications décentralisées dans de nombreux secteurs, mais il est aussi porteur d’un message philosophique : l’ère de la décentralisation a commencé. La décentralisation engendre une autre forme de réduction des barrières internationales, » déclare l’expert.

Au cours du Sommet Token qui s’est tenu au mois de mai dernier à New York, les Nations Unies ont annoncé leur partenariat avec la chaîne de blocs d’Ethereum pour aider les réfugiés syriens en Jordanie. Mais comment fonctionne exactement ce projet du Programme alimentaire mondial ?

« Il envoie des bons cryptographiques aux commerces à proximité des camps de réfugiés d’une valeur équivalente du prix des denrées alimentaires dans la monnaie locale. Les destinataires emportent avec eux des produits de première nécessité après vérification de leur identité au moyen de lecteurs d’empreintes rétiniennes, » explique la cofondatrice de l’Observatorio Blockchain.

La rapidité des opérations de virement et de transmission des fonds fait des cryptomonnaies une option plus qu’intéressante pour répondre aux situations de crise ou d’urgence mondiales. « Il est possible d’organiser un programme de collecte de fonds pour une zone en quelques heures, depuis le moment de la collecte jusqu’à leur arrivée à destination, » explique Fernández.

Bien que les cryptomonnaies soient associées au monde financier, à la spéculation et aux activités illicites, de nombreuses ONG (p. ex., Techo, Save The Children ou Water Project) ont choisi ces devises en raison de leur rapidité et de leur transparence dans l’acceptation des dons en cryptomonnaie pour financer leurs projets.

« Le financement participatif (crowdfunding) en cryptomonnaies se répand rapidement pour les projets humanitaires, et ce, au sein d’institutions populaires comme la Croix-Rouge, mais aussi d’institutions situées dans des pays en développement, » explique Fernández. C’est aussi le cas de la Croix-Rouge américaine qui, grâce à une alliance avec la plate-forme de paiement en bitcoin Bitpay, promeut auprès de ses donateurs la possibilité de faire des dons en cryptomonnaies aux différentes causes auxquelles se consacre cette organisation.

« Certaines ONG très actives autorisent les dons en cryptomonnaies (principalement en bitcoins) pour leurs actions comme, par exemple, l’association à but non lucratif Sonríe y Crece, qui organise des programmes éducatifs en République dominicaine, PANPERÚ, l’une des plus grandes ONG du Pérou qui n’accepte que la monnaie nationale pour les dons en provenance du pays lui-même ou encore Ghana Medical Help, une organisation d’origine canadienne engagée dans l’assistance médicale dans ce pays d’Afrique qui accepte les dons en dogecoins (une crytomonnaie), en plus des bitcoins, » ajoute Fernández.

Seul le temps nous dira si les cryptomonnaies s’établiront comme une alternative plus efficace et transparente dans la coordination de l’aide internationale.

This article has been translated from Spanish.