Pénuries et contrebande règnent au Venezuela

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En ce début d’année 2015, le Venezuela vit une de ses plus graves crises économiques. Avec la chute du cours du pétrole depuis le dernier trimestre 2014, le pays est à cours de devises et doit désormais limiter ses importations.

Inflation record, pénuries et contrebande sont le lot quotidien des habitants.

À Chichiriviche, petite ville côtière, la rumeur va vite. Le supermarché chinois du quartier aurait reçu du savon. Rapidement, une file d’attente se forme devant le magasin. Le rideau de fer est baissé, un vigile monte la garde. À travers les grilles on échange quelques billets contre des savonnettes. Pas plus de quatre par personne, pour un total de 100 bolivares fuertes (VEF) (15 USD).

« Cela fait deux mois qu’il n’y a pas eu d’approvisionnement en savon », nous explique María, une habitante accompagnée de sa fille pour obtenir double ration.

En quelques minutes, le commerçant indique que son stock est épuisé. De loin, une autre queue se forme devant une pharmacie. Certains s’y précipitent. Là-bas on attend pour acheter des couches pour bébé. Chacun n’a le droit qu’à un seul paquet de vingt.

Dans le pays, on manque principalement de lait en poudre, de couches pour bébé, de papier hygiénique, de lessive et de désinfectant. Dans les supermarchés, les rayons sont soit complètement vides ou démesurément remplis d’un même produit.

« On ne meurt pas de faim contrairement à ce qu’on dit à l’extérieur. Et on peut trouver ce qu’on veut au marché noir, mais tout coûte plus cher et contribue à renforcer les problèmes économiques,» nous explique Eduardo.

Ce jeune homme d’une trentaine d’années, avocat à Mérida, a soutenu Hugo Chávez et a voté pour le président Nicolás Maduro. Il a pleinement conscience des problèmes qui minent son pays mais continue de soutenir l’idéal prôné par le Comandante Supremo.

 

« Entreprises prises à la gorge »

Depuis janvier 2014, la loi sur les « prix justes » régule le prix de vente de nombreux produits. Cette même loi interdit aux commerçants de faire plus de 30 % de bénéfice sur la vente d’un produit. Cette régulation économique, ajoutée à la politique de nationalisation, a réduit considérablement la production dans le pays.

« Si un chef d’entreprise ne respecte pas le prix imposé par l’État pour tous les produits de base, on peut l’exproprier, voire l’envoyer en prison. Les entreprises sont prises à la gorge. La boîte pour laquelle je travaille produit, entre autres, de la compote. On nous impose de vendre notre pot de compote à 6 VEF (1 USD) alors que son coût de fabrication est de l’ordre de 20 VEF (3 USD). Ce n’est pas possible. Une entreprise doit au moins pouvoir payer ses salariés ! » raconte Virginia, employée d’une filiale de la multinationale Nestlé implantée à Valencia dans le nord du pays.

La régulation des prix a conduit à un autre phénomène, la contrebande. Les produits vendus à un prix bas au Venezuela sont revendus le triple dans les pays voisins.

Et l’essence en est le principal exemple. Un plein de 60 litres coûte moins de 5 VEF, soit moins d’un dollar. Un chiffre à la limite de l’indécence, dont certains ont choisi de tirer profit.

À Santa Elena de Uairén, ville frontalière située à dix kilomètres du Brésil, une file de véhicules s’étend sur plusieurs centaines de mètres. Tous les conducteurs attendent l’ouverture d’une station-service. « Tous ceux qui font la queue ne sont pas des usagers normaux. Ils viennent remplir leurs réservoirs pour en revendre le contenu 15 fois plus cher au Brésil. Ils attendent cinq, six, voire sept heures avant d’être servis, » nous raconte un chauffeur de taxi.

Ces contrebandiers d’essence, de papier toilette, de shampooing ou de médicaments sont surnommés les bachacos, du nom d’une fourmi coupeuse de feuilles. Ils sont les professionnels de la file d’attente.

C’est un trafic qui rapporte gros, les produits étant achetés au prix régulé puis revendus au marché noir sur la base du taux de change parallèle. Car si officiellement, au Venezuela, un dollar américain vaut 6,30 VEF, dans la rue, il s’échange contre plus de 185 VEF.

Les salaires quant à eux ne suivent pas l’inflation qui découle de cette situation.

Nicolás Maduro et son gouvernement dénoncent une « guerre économique » menée de l’extérieur par les États-Unis et de l’intérieur par la bourgeoisie et l’opposition.

On redoute de nouvelles émeutes comme celles qui ont eu lieu au début de l’année 2014.

Au départ mouvement populaire de protestation, ces manifestations ont dégénéré et ont été présentées par le gouvernement comme une tentative de déstabilisation.

Dans ce contexte de tension sociale, le 27 janvier dernier, Nicolás Maduro a fait passer une résolution autorisant les militaires à utiliser des armes à feu lors de manifestations…

This story has been translated from French.