Pour les migrants africains tentant d’atteindre l’Amérique du Nord, la région du Darién est devenue la « nouvelle Méditerranée »

Pour les migrants africains tentant d'atteindre l'Amérique du Nord, la région du Darién est devenue la « nouvelle Méditerranée »

Basame Lonje (looking straight at the camera) from Cameroon is amongst a throng of people waiting to be seen by immigration authorities in Tapachula, Mexico on 8 November 2019.

(Encarni Pindado)

Lorsque Basame Lonje a finalement réussi à sortir de la jungle, après 7 jours d’épreuves, il était plus qu’épuisé. Cela faisait quatre jours que le Camerounais de 35 ans se privait de nourriture, survivant chaque jour avec un seul biscuit. Il buvait dans les rivières transportant débris et mort, charriant les cadavres d’un nombre inconnu de personnes décédées dans le bouchon du Darién, un bout de jungle isolé entre la Colombie et Panama, considérée comme la plus dangereuse du monde. « J’ai failli ne pas y survivre », déclare Basame. « Les gens avaient des plaies sur la plante de leurs pieds et ils n’y avaient personne pour les porter. Ils ont été abandonnés là-bas. Vous savez ce que c’est que de marcher pendant des journées entières ? »

En conséquence des politiques migratoires strictes appliquées dans les pays de destination traditionnels en Europe, Basame fait partie des milliers de ce que l’on appelle les « migrants extracontinentaux » qui prennent la décision désespérée d’essayer de traverser le continent américain dans l’espoir d’atteindre les États-Unis ou le Canada pour y demander asile. Autrefois, cet itinéraire était presque exclusivement emprunté par les migrants venus d’Amérique centrale. Dernièrement, on a assisté à un afflux massif de migrants en provenance de pays africains comme le Cameroun, la République démocratique du Congo (RDC), l’Érythrée, la Mauritanie, le Nigeria, le Ghana et le Burkina Faso ainsi que de pays d’Asie et du Moyen-Orient comme l’Inde, le Pakistan, la Syrie et le Népal.

Les autorités mexicaines ont appréhendé environ 3.000 Africains et un total de quelque 12.000 migrants extracontinentaux, en 2018, selon l’Unité en charge de la politique migratoire du ministère mexicain de l’Intérieur. La plupart fuient une combinaison de conflits, de répression politique et d’économies dévastées.

Ils prennent l’avion vers des pays dont la politique de visas ne pose pas de problème, comme l’Équateur, le Brésil et la Guyane, avant de remonter vers le Mexique, parfois avec l’aide de contrebandiers et parfois avec l’aide des billets postés sur les médias sociaux de ceux qui les ont précédés. Ils dépensent des milliers de dollars en billets d’avion et de bus pour des voyages qui peuvent leur prendre des mois.

Au Cameroun, Basame était instituteur, mais il a fui le conflit sanglant qui déchire certaines parties de son pays depuis 2016 après avoir été enlevé par des groupes armés luttant pour la sécession des parties anglophones du pays. Son crime ? Avoir eu l’audace de faire cours. Basame est arrivé au Mexique il y a cinq mois, mais comme des milliers d’autres migrants, il est piégé à Tapachula, une ville à la frontière avec le Guatemala, dans l’État du Chiapas, au sud du Mexique.

Ces migrants et réfugiés sont pris dans les mailles du filet des nouvelles réglementations états-uniennes en matière d’immigration ; réglementations conçues pour mettre fin à la migration irrégulière, une composante essentielle de l’Administration du Président Donald Trump.

De nouvelles réglementations en matière de migration ont été mises en place rapidement et sans préavis depuis l’entrée en fonction de Trump en janvier 2017. Des troupes militaires ont été déployées à la frontière en octobre 2018, lorsque quelque 7.000 personnes en provenance d’Amérique centrale, qui fuyaient la violence des gangs et la pauvreté, s’en sont approchées à pied. Les Protocoles de protection de la migration (MPP pour « Migration Protection Protocols »), connus sous le nom de « Restez au Mexique », sont entrés en vigueur en janvier 2019 : en conséquence, les demandeurs d’asile qui arrivent aux États-Unis en transitant par le Mexique y sont désormais renvoyés en attendant que leur dossier soit traité, et ce, au lieu d’être libérés sur parole aux États-Unis comme le prévoit la législation américaine.

Les organisations de défense des droits humains soulignent que le renvoi des demandeurs d’asile au Mexique, où ils risquent souvent la déportation, constitue une violation de la Convention de 1951 sur les réfugiés.

En février dernier, M. Trump déclarait l’état d’urgence et obtenait des fonds d’urgence pour commencer la construction d’un mur physique entre les États-Unis et le Mexique. Il a également cherché à conclure des accords avec le Salvador, le Guatemala et le Honduras en vertu desquels tous les migrants qui transitent par ces pays doivent d’abord y demander asile et y être refusés avant de présenter une demande aux États-Unis.

Cet accord néglige le fait que non seulement ces pays ne disposent pas des capacités nécessaires pour traiter un grand nombre de demandes d’asile, mais que de nombreuses personnes fuient la violence et la pauvreté qui les menacent dans ces mêmes pays.

Combinées, ces politiques ont fait que des milliers de personnes attendent dans des refuges dans des villes frontalières entre les États-Unis et le Mexique comme Tijuana et Matamoros, où les conditions se détériorent. Un système de « comptage » fait en sorte que les douaniers américains traitent environ trois personnes par jour. Les villes du nord du Mexique sont aussi réputées pour leur violence et les migrants sont donc vulnérables à l’exploitation par les cartels de la drogue et les trafiquants d’êtres humains.

Externalisation des frontières

En juillet 2019, le Mexique a signé un accord avec les États-Unis suite aux menaces du président Trump d’imposer des sanctions commerciales si les flux migratoires n’étaient pas réduits à un minimum. Le président Andrés Manuel López Obrador a accepté de déployer 6.000 soldats de la Garde nationale, récemment créée, pour surveiller ses frontières, adoptant la stratégie américaine de militarisation des frontières et scellant le destin du Mexique comme rempart extérieur du président Trump.

Depuis lors, les fonctionnaires mexicains de l’immigration ont cessé de délivrer des permis de sortie aux migrants extracontinentaux arrivant à la frontière sud, piégeant nombre d’entre eux, comme Basame, dans un pays où ils ne souhaitent pas rester. Moins de personnes parvenant à atteindre les États-Unis, le Mexique — pays de transit — devient une destination définitive malgré lui. Bien que le Mexique ait refusé de signer l’Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis, il a été forcé de traiter plus de 60.000 demandes d’asile, soit le double du nombre reçu l’année dernière. On estime que 60 % de ces demandes sont introduites à Tapachula.

Un mardi du mois dernier, Basame est arrivé au bureau de l’immigration à Tapachula avec quelques heures d’avance sur son rendez-vous dans le but d’éviter la foule. Il souhaite désespérément atteindre les États-Unis. « J’ai enduré tant de choses. J’ai besoin de trouver un endroit où je me sens en sécurité et où je peux construire une nouvelle vie. »

Sans permis de travail, et même s’il en avait un, avec peu d’opportunités s’offrant à lui en tant que migrant africain et non hispanophone, Basame est bien conscient du peu de possibilités dont il dispose : « Le Mexique ne peut pas m’en donner. »

L’agence mexicaine pour l’immigration a toutefois rejeté sa demande de visa de visiteur qui l’aurait aidé à aller vers le nord. Les fonctionnaires ne délivrent que des cartes de résidence permanente, un document qui, selon lui, pourrait avoir une incidence négative sur sa demande d’asile aux États-Unis.

À 9 h, des centaines d’hommes et de femmes venus de plus d’une vingtaine de pays attendaient sous un soleil de plomb. Une cacophonie de voix parlant de nombreuses langues (anglais, espagnol, français, portugais, tigrigna et créole haïtien) se mêle aux pleurs des enfants, accablés par la chaleur et la faim, accrochés à leurs parents. Les migrants d’origine asiatique sont rares dans ces foules quotidiennes : depuis que le Mexique a déporté 310 migrants indiens dans une démarche « sans précédent » en octobre dernier, ils gardent un profil bas, par crainte de subir un sort semblable.

Un fonctionnaire de l’immigration est apparu derrière le portail, a regardé la foule et a secoué la tête dans un sentiment de frustration. Une bagarre a éclaté lorsque les portes se sont ouvertes et que les gens se sont précipités à l’intérieur. Malgré sa ponctualité, Basame n’a pas été reçu ce jour-là.

« Mes amis sont morts là-bas »

Retraçant son long et périlleux périple qui l’a mené du Cameroun au Mexique, Basame explique à Equal Times qu’après avoir fui la captivité des rebelles armés en mars dernier, il s’est rendu au Nigeria avant de décider de tenter de rejoindre la sécurité des États-Unis. Il souhaitait de meilleures opportunités que celles qu’offrait le Nigeria et craignait que les rebelles puissent facilement l’atteindre là-bas. Il a d’abord pris l’avion jusqu’en Équateur et de là, il est passé en Colombie en autobus.

À Capurgana, une ville dans le nord-ouest du pays, à la frontière entre la Colombie et le Panama, il a rencontré d’autres migrants camerounais, ainsi que des Haïtiens et des Cubains. Alors qu’ils s’apprêtaient à entrer dans le Darién, les villageois qui vivent à l’orée de la jungle les avaient avertis : « Si vous commencez ce voyage, vous devez le terminer, sinon ce sera la fin », faisant allusion aux dangers des animaux sauvages, des insectes venimeux et des ravisseurs armés qui rôdent dans cette forêt tropicale impénétrable qui interrompt la Panaméricaine, une autoroute transaméricaine.

Basame a passé sept jours dans la luxuriance dense du Darién, aux prises avec la pluie et le froid, se déplaçant depuis l’aube jusqu’à la tombée de la nuit jour avec un sac de vêtements et quelques vivres. « Vous ne vous arrêtez pas dans le Darién. Vous bougez sans cesse », déclare-t-il. Il marchait avec un groupe d’autres migrants. Beaucoup n’ont pas réussi à sortir de la jungle à cause de l’épuisement. D’autres ont été emportés par les cours rapides des rivières. « Mes amis sont morts là-bas », se souvient Basame, avec retenue. L’un de ses pires souvenirs est celui d’être passé à côté du cadavre d’un bébé mort qui avait été abandonné dans un sac à dos.

Aucune donnée n’est disponible sur le nombre de morts dans le Darién, mais 104 décès de migrants ont été enregistrés en Amérique centrale cette année, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Basame figure parmi les chanceux. Après avoir atteint le Panama, épuisé et affamé, il a repris des forces avant de se frayer un chemin vers le Nord à travers le Costa Rica, le Nicaragua, le Honduras et le Guatemala. Après avoir traversé sur un radeau le fleuve Suchiate pour rentrer au Mexique, il est arrivé à Tapachula en juillet. Il a passé une semaine dans un centre de détention pour immigrés avant d’obtenir un permis de sortie lui permettant de quitter le pays.

Ce n’est qu’après que la Garde nationale l’ait fait descendre d’un bus en direction de Tijuana qu’il a compris qu’il ne pouvait pas quitter légalement Tapachula à moins de se diriger vers le sud, pour retourner au Guatemala. L’accord entre les États-Unis et le Mexique est entré en vigueur le 10 juillet et il a été l’un des premiers à être coincé par les nouvelles réglementations du Mexique. Le permis de Basame le forçait à retourner dans la jungle de la mort où il avait survécu de justesse.

Mort et maladie au Mexique

Judeline Romelus est assise avec ses amies sur la place principale de Tapachula et les regarde tresser les cheveux de sa fille de 10 ans, Mariska. Non loin de là, des drapeaux ghanéens et guinéens annoncent la cuisine africaine dans les restaurants, aux côtés des couleurs mexicaine et hondurienne. Des Haïtiens et des Africains coupent les cheveux des habitants autochtones dans des salons de coiffure de fortune.

Mais l’atmosphère chaleureuse qui règne en général masque l’appréhension que ressentent de nombreux habitants de la région. Bien que Tapachula soit l’une des régions les plus pauvres du pays, elle essaye de supporter le poids de sa nouvelle population migrante, mais certaines personnes s’inquiètent du fait que les agences gouvernementales et les ONG concentrent leurs efforts sur ces nouveaux arrivants, alors que les besoins des populations locales sont également nombreux.

Tout comme Basame, Judeline et Mariska sont bloquées. Judeline a déposé une demande de visa humanitaire pour qu’elle puisse se diriger vers le nord avec sa fille, mais elle doit attendre son rendez-vous en février 2020. Cette mère de 28 ans a fait ses valises et quitté Haïti il y a trois mois. La stagnation économique et les troubles politiques survenus récemment ont poussé de nombreuses personnes à fuir cette petite nation des Caraïbes. « En Haïti, il n’y a pas d’opportunités et je ne peux pas travailler », déclare-t-elle, même avec un diplôme. Judeline déclare qu’elle aspire à une vie meilleure aux États-Unis, où des amis l’attendent en Floride. Elle compte sur leurs versements mensuels de 50 dollars US (45 euros) pour payer la petite chambre qu’elle partage avec sa fille.

Judeline fait partie des quelques chanceux. Au centre de détention pour immigrants, des dizaines de personnes, principalement originaires du Congo et d’Angola, campaient encore jusqu’à récemment sous des tentes et attendant que les autorités leur accordent le laissez-passer vers le Nord.

Ils n’ont pas d’argent pour louer une habitation ou acheter de la nourriture. Les conditions de vie insalubres dans les refuges surpeuplés de ce type ont provoqué une recrudescence des problèmes de santé. « Les femmes souffrent de maladies liées à la santé sexuelle et reproductive », explique Claudia León, responsable régionale du Service jésuite des réfugiés, une organisation humanitaire à but non lucratif qui fournit une assistance juridique et psychosociale aux réfugiés. Nombre d’entre elles ont fait l’objet d’agressions dans le Darién. « La situation est critique. Elles n’ont pas d’eau propre pour se laver et celles qui sont enceintes s’exposent à des risques. »

Les migrants de toutes les nationalités souffrent également de maladies invisibles. Un porte-parole de l’ONG médicale humanitaire Médecins sans frontières (MSF) indique qu’elle s’occupe de nombreux cas de stress post-traumatique, d’anxiété et de traumatisme. Les mauvaises conditions de vie, les souvenirs du voyage périlleux au Mexique et l’incertitude générale font que certains s’automutilent. « Nous sommes face à une situation d’urgence », déclare Mme León. « J’ai vu des gens à l’extérieur du centre d’immigration se blesser eux-mêmes parce qu’ils se trouvent dans des conditions extrêmes. »

La volonté désespérée d’atteindre les États-Unis en pousse certains à explorer d’autres itinéraires dangereux. Un bateau transportant clandestinement des migrants camerounais a chaviré au large des côtes du Mexique en octobre, tuant un homme. « Nous le connaissions », confie un migrant à Equal Times, dans le restaurant que le défunt fréquentait autrefois. Mais alors même qu’ils évoquent son décès tragique, un autre homme déclare qu’il envisage également d’emprunter le même chemin pour se rendre aux États-Unis.

« La nouvelle Méditerranée »

Partout dans le monde, des politiques migratoires sévères forcent les migrants et les réfugiés les plus vulnérables à se retrancher dans la clandestinité et à recourir aux services de gangs de passeurs et de trafiquants d’êtres humains. À l’instar des États-Unis, l’Europe a mis en œuvre des mesures draconiennes pour endiguer les flux migratoires. Une montée du sentiment anti-immigrés de la part des gouvernements populistes d’extrême droite aux États-Unis et en Europe en particulier voit des dirigeants comme Trump et Viktor Orban en Hongrie utiliser régulièrement une rhétorique qui alimente les inquiétudes racistes et souligne la nécessité de construire des murs pour empêcher une « invasion de migrants ».

En 2016, l’Union européenne a signé un accord avec la Turquie pour empêcher quelque trois millions de réfugiés fuyant la guerre syrienne de traverser la mer Égée. L’accord a entraîné le renvoi par l’Union européenne de toute personne ayant franchi la frontière sans documents après le 20 mars 2016.

Un accord similaire entre l’Italie et la Libye de 2017 a été prolongé en novembre dernier. L’Italie forme et finance les garde-côtes libyens pour arrêter les migrants d’Afrique et du Moyen-Orient en Méditerranée et les renvoyer en Libye, un pays en guerre. Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, le nombre d’interceptions est passé de 181.000 en 2016, à seulement 8.000 cette année.

Des milliers de personnes sont retenues dans des centres de détention gérés par des factions armées qui se disputent le contrôle depuis les soulèvements arabes de 2011. Des migrants africains ont été réduits en esclavage, torturés et vendus. Par ailleurs, ils ont été pris dans les tirs croisés de la bataille de Tripoli. En juillet, une bombe est tombée sur un centre de détention, entraînant la mort de 44 personnes.

L’importante diminution du nombre de traversées en Méditerranée coïncide nettement avec l’augmentation des flux entre l’Afrique et l’Amérique du Sud. Les décès en mer font désormais place aux décès dans la région du Darién. « C’est la nouvelle Méditerranée », déclare Mme León.

Au Mexique, le nombre de demandes d’asile ne cesse d’augmenter et devrait atteindre 80.000 demandes d’ici la fin de l’année. Bien que la plupart des Africains aient initialement refusé de demander l’asile au Mexique, de plus en plus d’entre eux en font la demande, en particulier ceux qui sont originaires du Cameroun. Le nombre de demandes d’asile provenant d’Afrique s’élève actuellement à environ 500.

L’afflux de migrants et de réfugiés a divisé le Mexique sur le plan politique, nombreux étant ceux qui ont accusé le président Obrador de céder au président Trump et de renoncer à ses promesses sur les droits humains faites l’année dernière lors de sa campagne.

Les organisations de défense des droits humains condamnent les stratégies des États-Unis et du Mexique. « Ceux qui sont en quête de sécurité veulent la même chose que n’importe lequel d’entre nous si nous étions à leur place », explique Isa Sanusi d’Amnesty International Nigeria. « Le Mexique et les États-Unis doivent veiller à ce que ces migrants d’Afrique et d’autres régions du monde ne soient pas privés des droits qui leur sont garantis par le droit international. »

Pour l’instant, Basame est pris entre l’enclume et le marteau. Même s’il avait l’argent, il serait trop dangereux pour lui de rentrer chez lui et pourtant il n’a actuellement aucun moyen de quitter le Mexique. Luttant pour rester à flot, ses espoirs s’amenuisent rapidement. « Je commence à manquer d’argent et ma patience s’épuise. Je suis malade et je n’ai nulle part où vivre », déclare-t-il. « Comment vais-je pouvoir survivre ? »