Une seule femme dans l’équipe britannique chargée des négociations du Brexit – et pourquoi cela mérite d’être souligné

Une seule femme dans l'équipe britannique chargée des négociations du Brexit – et pourquoi cela mérite d'être souligné

Britain’s prime minister Theresa May, centre, sits in the cabinet room of 10 Downing Street, with David Davies secretary of state for exiting the European Union, left, Foreign Secretary Boris Johnson, second left, Chancellor of the Exchequer Philip Hammond and Home Secretary Amber Rudd, right, on 28 November 2016.

(AP Pool/Peter Nicholls)

Il s’avère que l’équipe désignée par la Grande-Bretagne pour la représenter aux négociations sur la sortie de l’Union européenne (UE) à Bruxelles n’inclut qu’une femme – sur un total de neuf négociateurs.

Cette disparité n’est pas seulement embarrassante. Elle dénote de la négligence. Le fait de manquer d’inclure des femmes aux commandes de ce processus incroyablement important compromet la qualité-même des négociations.

La présence de femmes au sein de votre équipe a toute son importance – pas seulement pour l’apparence. Cela a une incidence sur la qualité des lois qui sont élaborées.

La Loi britannique sur l’égalité de rémunération (Equal Pay Act, 1970) et la Loi sur la discrimination sexuelle (Sex Discrimination Act, 1975) ont, toutes deux, été votées par des parlements dont 96% des sièges étaient occupés par des hommes et 4% par des femmes. Cependant, derrière leur apparence d’accomplissements majeurs, ces deux lois étaient entachées de graves lacunes.

Les règles initiales sur l’égalité de rémunération prévoyaient une évaluation des postes, c’est-à-dire, concrètement, que les femmes devaient obtenir l’autorisation de leurs employeurs (à l’époque des hommes) avant de pouvoir faire une demande de salaire égal.

Jusqu’à ce que l’UE n’intervint, la loi sur la discrimination sexuelle semblait requérir que les femmes enceintes soient comparées à des hommes malades, rendant par-là même plus facile leur licenciement. Ce traitement défavorable pour motif de grossesse n’était pas considéré comme de la discrimination sexuelle.

Cependant, lorsqu’il s’agit de la prise de décision qui ne concerne pas l’égalité, le biais masculin de la législation s’avère encore plus problématique. Les hommes sont moins susceptibles de remarquer quand quelque-chose peut porter préjudice aux femmes.

Ainsi, nous nous accommodons de décisions qui excluent des droits les travailleurs temporaires (en grande majorité des femmes) ou les soignants (en grande majorité des femmes). Nous nous accommodons de décisions budgétaires financées moyennant la suppression de postes dans le secteur public (qui ont un impact disproportionné sur les femmes) ou en privant des parents isolés (dont une grande majorité de femmes) de prestations ou aides sociales.

De fait, quand la disparité au sein de l’équipe de négociation sur le Brexit s’est pour la première fois révélée au grand jour, une commission de la Chambre des Lords a demandé à David Davis de clarifier combien de femmes siégeaient au sein de son équipe. Il l’ignorait. Ça lui avait échappé.

Le Brexit est un enjeu féministe

Que les femmes soient ainsi réduites au silence est d’autant plus préoccupant au vu de l’extrême complexité inhérente aux négociations du Brexit. Confrontés à un dédale de questions réclamant des solutions à courte échéance, les négociateurs opteront pour des solutions de facilité, du moins à leurs yeux. L’empressement à boucler la tâche pourrait engendrer des coûts se répercutant, à terme, sous forme de mesures d’austérité qui sanctionnent avant tout les femmes.

La proposition du gouvernement britannique concernant les droits des ressortissants européens dans le Royaume-Uni partent aussi d’une série d’hypothèses qui sont susceptibles d’avoir des implications négatives pour les femmes. Elle est ambigüe quant au sens accordé à la notion de « séjour légal » et aux conditions qui seront rattachées à l’octroi de la résidence temporaire après la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE.

Les règles existantes ne tiennent pas compte de l’impact de la violence domestique sur le statut de résidence d’une femme, qui peut interrompre son parcours professionnel et faire qu’il soit impossible pour elle de continuer à vivre sous le même toit que son partenaire.

Les règles rendent aussi plus difficile pour les femmes l’établissement d’un droit de séjour lorsqu’elles combinent des soins domestiques aux personnes âgées ou aux personnes handicapées ou leur statut de parent isolé avec un emploi à temps partiel. Déjà en situation de précarité auparavant, les femmes et les enfants risquent de finir sur le carreau sous le nouveau régime.

S’agissant des conditions liées à tout accord commercial futur, notamment en matière de conformité à la législation du travail européenne, les droits fondamentaux des femmes sont aussi en jeu.

Les droits relatifs à la discrimination durant la grossesse, aux indemnités pour discrimination, à la sécurité pour les mères durant l’allaitement, aux congés payés pour assister aux rendez-vous prénataux et à l’égalité de traitement pour les travailleurs à temps partiel sont garantis par le Droit européen. La nature du processus de sortie, les engagements pris et les procédures relatives à la mise en œuvre des droits auront des impacts genrés.

La présence de femmes à la table des négociations est importante pas seulement pour faire en sorte que les préoccupations des femmes soient entendues. Les femmes améliorent la prise de décision.

Le Réseau européen pour l’égalité entre les femmes et les hommes soutient que « les femmes contribuent bien plus que symboliquement à la prise de décision, à rehausser la valeur actionnariale et à réduire la prise de risques ».

La Commission européenne a aussi souligné l’aptitude des femmes à mener des affaires – signalant que les entreprises comptant plus de femmes que d’hommes au sein de leur conseil d’administration affichaient un rendement 53% supérieur sur les capitaux propres.

S’agissant spécifiquement des compétences en matière de négociation, l’expérience suggère que les femmes sont tout aussi capables que les hommes.

Trop souvent, le mythe de la méritocratie est brandi lorsque les gens sont appelés à justifier la disparité hommes-femmes au sein de leurs équipes. Ils pointent l’expérience, les connaissances ou les qualifications, définies, à chaque fois, de manière à pérenniser le pouvoir et les privilèges existants.

C’est ce qui est parfois nommé « la magie sociale du mérite ». C’est une illusion où les critères d’évaluation du mérite sont établis par les responsables, pour signifier « comme nous ».

Si c’est la connaissance et la compréhension que nous cherchons, nous pourrions commencer à la tête de l’équipe du Brexit. Davis a, après tout, été fustigé pour son ignorance des fondements-mêmes du droit européen lorsqu’il a suggéré la possibilité d’échanges commerciaux avec l’Allemagne et la Pologne.

Du reste, comme le Royaume-Uni n’a pas eu à mener de négociations commerciales internationales depuis plus de 40 ans, personne ne peut se prévaloir d’être versé dans l’art du Brexit. L’exercice devrait, partant, constituer le niveleur par excellence. Or il n’y a qu’une seule femme pour représenter la nation à ce tournant historique de son histoire.

En 1970, c’est une délégation exclusivement masculine que Londres avait envoyée négocier l’accession du Royaume-Uni à la Communauté européenne. Pour autant, l’admission d’une femme représente, à tout le moins, un progrès. À ce train, il faudra encore 188 ans avant d’atteindre la parité de représentation entre hommes et femmes au sein des équipes de négociation internationales.

Article initialement paru dans The Conversation.