Les syndicats somaliens appellent à l’arrêt des intimidations et à la fin de l’impunité

Les syndicats somaliens appellent à l'arrêt des intimidations et à la fin de l'impunité

Somalia’s President Mohamed Abdullahi Mohamed, also known as Farmajo, attends his inauguration ceremony in Mogadishu, Somalia on 22 February 2017. Trade union leaders are calling on him to end injustice, insecurity and impunity.

(AP/Farah Abdi Warsameh)

Employeurs aux pratiques abusives, travail non rémunéré, travail forcé et attaques meurtrières contre des représentants syndicaux qui ne sont suivies d’aucune enquête : voici quelques-uns des innombrables griefs qui apparaissent dans le rapport annuel d’un syndicat somalien qui appelle le nouveau président du pays à lutter activement contre un climat d’impunité.

Ce Rapport somalien sur les syndicats et les droits de l’homme pour 2016, publié le 23 février par la FESTU (Fédération des syndicats de Somalie), lance un appel urgent à la communauté internationale à faire pression sur le Gouvernement somalien afin que celui-ci prenne des mesures.

« Ce rapport est publié à un moment où des violations graves et sans précédent des droits de l’homme ont été commises à l’encontre des syndicats, » déclare à Equal Times Omar Faruk Osman, secrétaire général de la FESTU et lui-même la cible d’intimidations de la part du gouvernement par le passé.

Osman déclare que le Président Mohamed Abdullahi Farmajo, qui a pris ses fonctions en février, a remporté les élections en s’appuyant sur une plate-forme promettant de « mettre fin à l’injustice et aux violations des droits de l’homme, rétablir la confiance dans le système de gouvernement fédéral et être le fer de lance de la justice sociale. Notre priorité absolue est que le Président Farmajo s’attaque d’urgence à trois problèmes : l’injustice, l’insécurité et l’impunité. »

Syndicats et travailleurs ciblés

Les dirigeants et les membres de la FESTU ont été ciblés « un certain nombre de fois » en 2016. « Les travailleurs des secteurs de l’agriculture, de l’hôtellerie et des médias sont essentiellement soumis à un harcèlement et à des intimidations constantes, voire à des attaques meurtrières, » déclare le rapport.

Le rapport indique par ailleurs que plus de 113 travailleurs ont été tués et plus de 500 blessés en 2016, selon les divers cas enregistrés par les affiliés de la FESTU. La plupart des travailleurs ont été tués dans des attaques terroristes ciblant des hôtels et des restaurants. Le nombre d’attaques liées aux extrémistes d’Al-Shabaab n’était pas clair.

Al-Shabaab a visé un certain nombre de personnes travaillant pour les institutions gouvernementales au moyen d’assassinats ciblés, souligne le rapport. Un grand nombre de fonctionnaires du gouvernement ont reçu des menaces de mort en raison de leur emploi public et il déclare par ailleurs que plus de 30 journalistes ont été arrêtés.

« Les journalistes en activité choisissent de pratiquer l’autocensure afin d’éviter les représailles de fonctionnaires corrompus, de criminels, d’extrémistes islamistes et de membres de groupes armés illégaux. »

Le rapport affirme que le gouvernement « n’a ni enquêté ni puni la vaste majorité des menaces et des actes de violence dirigés à l’égard des travailleurs et des militants syndicaux. »

Osman, qui est également le secrétaire général du Syndicat national des journalistes somaliens (National Union of Somali Journalists – NUSOJ), a été convoqué à maintes reprises aux fins d’être interrogé concernant ses activités syndicales. Un document du ministre de la Justice, inclus dans le rapport de la FESTU, affirmait qu’Osman représentait « une menace pour la paix et la stabilité du pays. »

Des responsables des secteurs public et privé « ont fait pression sur les travailleurs afin qu’ils quittent leurs syndicats, parfois sous la menace d’un renvoi. Pour ces fonctionnaires et managers, aucun syndicat ne peut exister sans leur approbation, » déclare le rapport.

Les travailleurs somaliens doivent également faire face aux exigences croissantes des patrons qui les forcent à faire des heures supplémentaires, déclare le rapport. « Il s’agit de situations où les travailleurs sont tenus de poursuivre leur journée de travail au-delà des heures convenues, fréquemment sans préavis ni rémunération. »

Selon un cas cité dans le rapport, un travailleur qui a exigé une déclaration écrite des informations détaillées de son emploi a été renvoyé juste pour avoir demandé trois fois parce que le manager lui a dit : « Tu veux nous lier les mains avec des restrictions et des obligations inutiles. La porte est ouverte, tu peux partir immédiatement. »

Stratégie de diffamation

Le rapport de la FESTU décrit la façon dont les autorités somaliennes ont tenté d’empêcher un congrès de la FESTU en avril 2016, le qualifiant de « faux congrès ». Il y est indiqué que des fonctionnaires du gouvernement, y compris des ministres, avaient estimé que les syndicalistes étaient « illégaux » et « illégitimes ». Les dirigeants syndicaux ont été accusés d’être des « criminels », des « fauteurs de troubles » et des « ennemis de l’état ».

Le rapport cite un fonctionnaire anonyme déclarant que la cible principale est le chef de la FESTU, un membre de la Confédération Syndicale Internationale (CSI).

« Si vous coupez la tête du serpent, les autres dirigeants et membres syndicaux s’enfuiront et disparaîtront, » a déclaré à la fédération le fonctionnaire du ministère du Travail sous condition d’anonymat, décrivant de la sorte la politique du gouvernement. « Si l’on ne détruit pas la tête, nous savons que vous nous mordrez tant que la tête est vivante ».

Donnant suite à une plainte déposée par la FESTU et le NUSOJ, l’Organisation internationale du Travail (OIT) réclame une enquête judiciaire sur les attaques contre les dirigeants et les membres syndicaux. Le Comité de la liberté syndicale de l’OIT a demandé à maintes reprises au gouvernement somalien de garantir la sécurité et la protection des dirigeants et des membres de la FESTU et du NUSOJ.

Le rapport déclare que le gouvernement somalien « devrait prendre des mesures immédiates pour mettre en œuvre les recommandations de l’OIT » en ce qui concerne la plainte de la FESTU et du NUSOJ.

« En travaillant avec les institutions internationales et les représentants du gouvernement favorables au changement, la FESTU espère qu’en 2017 les mesures et les réformes nécessaires de toute urgence seront prises afin de rendre la Somalie plus sûre, plus juste et meilleure pour tous ses citoyens », déclare le rapport.

Pression internationale

Il est également suggéré dans le rapport que la communauté internationale exerce une influence en tant que donateurs. « Les partenaires internationaux de la Somalie devraient insister sur le respect des normes internationales en matière de législation du travail, en particulier le droit des travailleurs à s’associer et des syndicats à exister librement et à s’organiser. Cet élément devrait faire partie intégrante de tout soutien international et se fonder sur l’approche qu’adopte la Somalie visant à obtenir un soutien international. »

Osman déclare à Equal Times que la pression internationale a déjà eu un effet et qu’il espère qu’elle en aura encore à l’avenir. « Dans les faits, la solidarité internationale a fonctionné, car sans sa vigilance et sa réaction par rapport aux violations systématiques et instituées que nous avons endurées, les syndicats libres auraient été détruits. »

Le secrétaire général de la CSI-Afrique Kwasi Adu-Amankwah déclare dans l’introduction du rapport : « Les attaques et les campagnes de dénigrement contre la FESTU et ses membres doivent cesser. La Somalie n’atteindra une légitimité démocratique que si elle donne aux syndicats l’espace et la liberté nécessaires pour exister et faire leur travail. »