Sept manières d’œuvrer pour l’économie solidaire

Sept manières d'œuvrer pour l'économie solidaire

The solidarity economy includes a broad range of economic practices, such as cooperatives, credit unions and community gardens. COOP Detroit, the latest restaurant opened by celebrity Detroit chef Maxcel Hardy, serves the local community while supporting local farmers.

(AP/Carlos Osorio)
Opinions

L’économie solidaire est un mouvement mondial destiné à bâtir un monde post-capitaliste qui place les personnes et la planète au premier plan; au lieu de rechercher la croissance aveugle et la maximisation des profits. Ce n’est pas un projet mais un cadre qui repose sur une grande variété de pratiques économiques, en phase avec ses valeurs de solidarité, de démocratie participative et d’équité dans toutes leurs dimensions, englobant la diversité ethnique, la classe sociale et le genre, la pérennité et le pluralisme.

Ce qui signifie qu’il ne peut s’agir d’une approche adaptée à toutes les situations. Néanmoins, la notion de buen vivir, c’est-à-dire du bien vivre, en harmonie avec la nature et entre les individus, est omniprésente dans toutes les actions du mouvement.

Certaines de ces pratiques sont anciennes, d’autres nouvelles; certaines sont répandues, d’autres « alternatives ». Les pratiques propres à l’économie solidaire existent dans tous les secteurs de l’économie : la production, la distribution et l’échange, la consommation, la finance et la gouvernance.

Les gens pensent souvent aux entreprises coopératives et aux banques coopératives qui sont détenues collectivement et gérées par leurs membres, mais ce n’est qu’un exemple. D’autres concernent des fiducies foncières communautaires, la budgétisation participative, les monnaies locales, les banques de temps, les prêts entre particuliers, les systèmes de troc, l’échange de dons, les jardins associatifs, les initiatives liées aux « biens communs », certaines formes de commerce équitable, l’économie de partage et les tâches de soins non monétisées.

Le concept d’économie solidaire consiste à tirer parti de toutes ces pratiques et à les associer les unes aux autres afin de transformer le capitalisme en éveillant et en donnant le meilleur de nous-mêmes.

Au lieu d’ériger en vertu l’intérêt individuel, la maximisation des profits et la concurrence – qui constituent la base du capitalisme –, l’économie solidaire favorise notre aptitude à la solidarité, la coopération, la réciprocité, l’aide mutuelle, l’altruisme, l’attention, le partage, la compassion et l’amour.

Dans de nombreuses disciplines, la recherche montre de plus en plus souvent que nous sommes naturellement enclins à coopérer et qu’en fait, la survie de l’espèce humaine dépend de notre capacité à travailler ensemble.
Si ces idées vous intéressent, voici sept manières de soutenir l’économie solidaire :

1. Développez l’approvisionnement autonome et la production locale

Depuis la nuit des temps, les communautés cultivent la terre et cherchent de quoi se nourrir, construisent des routes, des systèmes d’irrigation et des logements, confectionnent des médicaments, des vêtements, des meubles et des œuvres d’art pour assurer leur subsistance. Or, le capitalisme nous encourage à acheter toutes ces choses et nous devons travailler afin de gagner de l’argent pour les payer. Depuis la crise économique mondiale de 2008, les craintes s’intensifient à l’égard de l’instabilité et de la fragilité de ce type d’économie. Si l’on y ajoute les prévisions selon lesquelles 40 % des emplois, aux États-Unis, pourraient être remplacés par l’intelligence artificielle et l’automatisation, il semble encore plus urgent de réfléchir à des solutions qui permettraient aux communautés de pourvoir davantage à leurs propres besoins pour survivre à un imminent effondrement économique ou à une destruction massive d’emplois.

La production locale fait appel à des technologies simples pour subvenir aux besoins des personnes. Il s’agit par exemple de cultiver des légumes et d’élever des poulets dans des jardins associatifs et des environnements urbains « comestibles », d’organiser des brocantes ou des marchés aux puces, de mettre en place des réseaux d’entraide et d’échange de compétences. Mais ce système s’étend également jusqu’à la démocratisation des technologies de pointe. À Detroit, par exemple (où certaines communautés connaissent un taux de chômage extrêmement élevé depuis des décennies), des organisations telles que James and Grace Lee Boggs Center to Nurture Community Leadership et Incite/Focus, des « fablabs », ou « laboratoires de fabrication », qui mettent à la disposition de la population locale des technologies de fabrication sophistiquées, soutiennent tout un ensemble d’expériences de production locale allant de la permaculture à l’impression d’immeubles en 3D et à la fabrication numérique assistée par ordinateur, en passant par les brocantes et les échanges de compétences.

2. Déplacez votre argent

Si vous avez un compte dans une grande banque, vous pouvez envisager de déplacer votre argent dans une banque coopérative locale. Ce sont des coopératives financières détenues par leurs membres – les titulaires du compte – et gérées dans leur intérêt. Mieux encore, cherchez une banque coopérative axée sur le développement local et spécialement destinée aux personnes à faible revenu et à revenu modéré. Les banques coopératives sont semblables à des banques classiques dans le sens où il est possible d’ouvrir un compte épargne ou un compte chèques, d’obtenir une carte de retrait/de débit, de contracter un prêt, mais (dans l’ensemble) elles ne participent pas aux pratiques de prêts abusifs ni aux arrangements financiers qui ont provoqué l’effondrement de l’économie en 2008.

3. Investissez dans de nouvelles institutions économiques ou faites-leur des dons

Il existe de multiples façons de soutenir financièrement l’économie solidaire. Par exemple, les « offres publiques directes » sont devenues un moyen répandu et apprécié de lever des fonds pour les coopératives. Leur objectif est d’atteindre la population locale pour trouver des investisseurs qui acceptent des taux d’intérêt relativement faibles parce qu’elles croient en la mission de l’entreprise. Les cercles de crédit d’entraide, une pratique ancienne devenue très recherchée aujourd’hui, réunit un groupe de personnes qui versent chaque mois une somme définie, et tous les membres utilisent à tour de rôle la totalité de l’argent sans intérêts. Il est également possible de participer à des campagnes de financement participatif, ou « crowdfunding », de donner de l’argent et de soutenir d’autres formes d’organisations et de réseaux de l’économie solidaire.

4. Utilisez les logements pour y vivre et non pour spéculer

Le système actuel de l’immobilier génère des effets insensés. Selon des estimations prudentes, plus d’un demi-million d’Américains, par exemple, dorment chaque nuit dans la rue alors que le pays compte 5,8 millions de logements vacants (sans compter les logements saisonniers et les logements à vendre). Une des raisons de ce déséquilibre réside dans le fait que le logement est devenu une marchandise spéculative – à savoir un actif sur lequel on peut miser dans l’espoir d’obtenir de considérables gains – au lieu de satisfaire les besoins des individus. Non seulement la spéculation aggrave le problème de pénurie de logement en excluant des habitations du marché et en augmentant les prix, mais elle peut en outre imploser ; c’est ce qui s’est produit de façon spectaculaire en 2008 et a provoqué une crise économique mondiale.

Si vous recherchez des solutions de logement, vous pouvez vous tourner vers les logements « à participation limitée », tels que les fiducies foncières communautaires, certaines coopératives de logements et systèmes de cohabitat qui font sortir le logement du marché spéculatif. Avec ces approches, les prix de revente sont plafonnés pour que les logements restent abordables. Certains craignaient que cela empêche les personnes à revenu faible et modéré de créer des richesses par le biais de cette appréciation de l’immobilier, mais c’est le modèle à participation limitée qui rend les prix abordables en premier lieu.

5. Soyez votre propre patron : cherchez un emploi dans une coopérative de travailleurs ou établissez votre propre coopérative

Les coopératives de travailleurs sont détenues et gérées par les personnes qui y travaillent. Elles décident de la manière de diriger leur entreprise et de ce qu’elles vont faire des bénéfices : les partager, les réinvestir dans l’entreprise et/ou en affecter une partie à des projets locaux. C’est le contraire du système capitaliste, dans lequel les propriétaires saisissent tous les bénéfices générés par le travail des employés – ce qui relève de l’exploitation et de la lutte des classes.

Certaines villes comme New York et Madison, Wisconsin, investissent actuellement des millions de dollars pour aider et financer les coopératives de travailleurs dans le cadre de stratégies de développement économique inclusives destinées à créer des emplois et de la richesse en offrant des opportunités aux populations à faible revenu et aux communautés de couleur. Si vous êtes intéressé par cette forme de démocratie économique, vous pouvez rechercher un emploi dans une coopérative existante ou créer la vôtre. C’est assez difficile mais il existe un système de soutien de plus en plus efficace qui propose des programmes de formation sur les coopératives et d’autres types de soutien pour vous aider à mener à bien votre démarche.

6. Contactez d’autres personnes pour discuter de ce nouveau système économique

Si vous êtes intéressé, vous pouvez en savoir plus sur les actions actuellement mises en place et envisager d’adhérer au réseau américain Solidarity Economy Network ou au Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS) pour d’autres parties du monde. Si vous êtes écrivain, écrivez sur le sujet ; si vous êtes étudiant, étudiez-le ; si vous êtes enseignant, enseignez-le ; si vous êtes militant, encouragez votre organisation à adopter un cadre d’économie solidaire. Si vous êtes responsable politique, faites connaître les politiques qui soutiennent ce système ; si vous êtes déjà membre d’une institution de type coopérative, cherchez des moyens d’établir le dialogue avec d’autres acteurs pour créer des chaînes d’approvisionnement qui fonctionnent sur les principes de la solidarité. Il existe un million de manières d’aider à rendre l’économie solidaire plus forte et plus visible. Le seul fait d’en parler est profitable.

7. Vivez avec les principes de l’économie solidaire

Le capitalisme entretient des valeurs et des comportements centrés sur la concurrence, le calcul et l’intérêt personnel, mais Elinor Ostrom (lauréate du prix Nobel d’économie pour ses travaux sur les biens communs) et d’autres chercheurs ont démontré que la gestion locale des ressources telles que les forêts, la pêche, les pâturages et l’eau peut être plus efficace, durable et équitable qu’une gestion par le secteur privé, à condition d’établir des règles et de prévoir des mécanismes chargés de les faire respecter afin d’empêcher quiconque d’en profiter injustement.

Nous avons besoin d’une économie fondée sur l’ensemble des êtres humains et orientée vers la solidarité. Nous participons tous au précieux travail économique et social en prenant soin de nos enfants, de nos aînés, de nos voisins et des populations locales – pas pour de l’argent, mais parce que nous avons une capacité innée pour l’amour, l’amitié, la réciprocité, l’attention et la compassion. Alors admettons que l’économie solidaire est tout autour de nous et que nous vivons déjà avec elle.

Cultivez le meilleur de vous-même et vivez-le bien.

Pour en savoir plus sur l’économie solidaire et le mouvement mondial qui se met en place pour la concrétiser, consultez le site http://www.ussen.org.

Cet article aété publié initialement sur le site openDemocracy.