Ce que les syndicats peuvent faire pour lutter contre le VIH/sida

 

*Lindiwe Dlamini est employée dans une usine de confection à Gauteng, en Afrique du Sud.

Elle siège également au Comité exécutif national du Southern African Clothing and Textile Workers Union (Syndicat sud-africain des travailleurs/euses des vêtements et textiles – SACTWU), qui compte plus de 90.000 ouvriers/ères, dont environ 70 pour cent de femmes en âge de procréer.

 

À l’échelle mondiale, les jeunes femmes, dont le taux de séropositivité est deux fois plus élevé que celui des jeunes hommes, sont beaucoup plus vulnérables à l’épidémie de VIH/sida.

C’est non seulement l’une des causes principales de mortalité chez les femmes de 15 à 49 ans au niveau mondial mais, de plus, dans les pays à revenu faible à intermédiaire, presque deux femmes enceintes sur trois ignorent si elles sont séropositives ou non.

De nombreux membres de notre syndicat appartiennent à la catégorie de la population active la plus touchée par l’épidémie de VIH/sida en Afrique du Sud.

C’est le cas de Lindiwe, qui est membre du SACTWU depuis plus de 30 ans.

En 2003, la seule fille de Lindiwe, Sibongile, est tombée gravement malade et est décédée en l’espace de quelques semaines, laissant à Lindiwe le soin de s’occuper de la petite fille qu’elle venait de mettre au monde, Nolwazi.

Sibongile n’a révélé sa séropositivité qu’à la fin de sa vie, précisant en même temps que Nolwazi était elle aussi infectée par le virus.

Si la fille de Lindiwe avait été correctement assistée au moment de son accouchement, s’il lui avait été conseillé de faire un test de dépistage et si elle avait suivi un programme de prévention de la transmission de la mère à l’enfant (TME), aujourd’hui Nolwazi ne serait pas atteinte du VIH.

Bien que la prévention de la TME soit très efficace et abordable, en 2011, seulement 57 pour cent des femmes enceintes contaminées par le VIH dans les pays à revenu faible à intermédiaire ont reçu un traitement antirétroviral (ARV) pour prévenir de nouvelles infections au VIH chez les enfants.

Pendant plusieurs années, étant seule à soutenir sa famille, Lindiwe s’est battue pour subvenir aux besoins des enfants qui lui restaient et de sa petite-fille malade.

Elle a passé beaucoup de temps dans les files d’attente des centres d’assistance et à remplir des formulaires de demande d’allocations, en vain.

Cependant, lorsqu’elle a fait part de sa détresse au secrétaire général du SACTWU, Andre Kriel, ce dernier l’a informée du SACTWU Worker Health Program (Programme de santé du SACTWU pour les travailleurs/euses – SWHP) et l’a encouragée à se tourner vers un travailleur/euse social du Programme, qui a immédiatement aidé Lindiwe à remplir ses demandes d’allocations.

Quelques semaines plus tard, Lindiwe commençait à recevoir une aide financière et peu après, Nolwazi démarrait son traitement.

 

Des soins de qualité pour les travailleurs/euses

Depuis son lancement en 1998, le SWHP est aujourd’hui l’un des principaux programmes de santé pour les travailleurs/euses, au sein du mouvement syndical sud-africain, à dispenser des services de santé de qualité à des milliers de travailleurs/euses manuels.

À l’heure actuelle, le SWHP propose un programme performant pleinement intégré pour lutter contre le VIH/sida et la tuberculose et dont l’objectif est de venir en aide aux travailleurs/euses et aux personnes à leur charge à travers l’Afrique du Sud. Notre programme touche plus de 200.000 personnes chaque année.

Les actions du SWHP portent sur les principaux domaines prioritaires que sont la prévention, le traitement, les soins, le soutien, le suivi et l’évaluation.

Nous accordons une attention particulière à l’infection primaire et secondaire et au dépistage précoce.

Dans cette optique, nous adoptons une approche holistique pour faire face aux effets du VIH/sida sur les membres et les personnes à leur charge, grâce à la formation sur le lieu de travail, au conseil et au dépistage du VIH, à la circoncision médicale des hommes, au traitement, aux soins et au soutien des personnes infectées et affectées par le VIH/sida et la tuberculose.

Mais une importante partie de notre travail est axée sur les droits humains et l’accès à la justice, y compris la lutte contre la stigmatisation et la discrimination.

Lindiwe était extrêmement angoissée à l’idée de parler à Nolwazi de sa séropositivité et de la préparer à la stigmatisation qu’elle rencontrerait de la part de ses camarades d’école et de ses professeurs, entre autres.

Lindiwe s’est de nouveau tournée vers un travailleur social du SWHP et, ensemble, ils ont cherché comment révéler à Nolwazi sa séropositivité et comment l’aider à l’accepter.

En raison de sa maladie, Nolwazi accusait un retard de croissance et souffrait de difficultés d’apprentissage.

L’école qu’elle fréquentait n’offrait pas de soutien ni à Nolwazi ni à Lindiwe, mais le SWHP a pu aider Nolwazi à passer une évaluation adaptée afin de déterminer la gravité de ses difficultés d’apprentissage.

Il a ainsi été possible de trouver les écoles qui proposeraient les meilleures opportunités à Nolwazi et, en quelques semaines, elle était transférée dans une école primaire où elle a commencé à s’épanouir.

 

Le VIH au travail

Notre tâche consiste avant tout à apporter un important soutien sur le lieu de travail.

Nos travailleurs/euses sociaux observent les activités quotidiennes des travailleurs/euses infectés pour voir comment la maladie agit sur les femmes et les hommes et comment associer la logique du travail et les soins.

Par exemple, le SHWP permet aux travailleurs/euses d’accéder aux soins de santé en dehors des heures de travail afin qu’ils/elles ne perdent pas de jours de congé et qu’ils/elles ne se sentent pas obligés de révéler leur séropositivité au travail, si tel est leur choix.

Parallèlement, le programme accorde une grande attention à l’établissement de partenariats.

Le SACTWU a en effet négocié avec les organisations d’employeurs de la confection et du textile pour que les délégué(e)s syndicaux puissent prendre au moins deux journées par an, normalement rémunérées, pour se former sur le VIH.

Les employeurs versent également une somme de base par membre et par mois au profit d’un fonds pour le VIH.

Le SAWTCU investit ce fonds dans des actions liées au VIH mises en place par le Programme de santé pour les travailleurs/euses.

Les deux décisions négociées mentionnées ci-dessus ont été reconnues officiellement et sont légalement contraignantes.

Mais les éléments qui revêtent une importance capitale sont l’adhésion, la confiance et le soutien des travailleurs/euses, des membres et des dirigeant(e)s syndicaux.

Désormais Lindiwe milite pour que les personnes sachent si elles sont séropositives ou non, pour le dépistage précoce et l’annonce de la séropositivité à l’entourage.

Lors des manifestations syndicales, elle s’adresse aux responsables, aux délégué(e)s et aux membres syndicaux et à leurs familles, pour raconter son expérience, la mort inutile de sa fille et les souffrances de sa petite-fille, qui vit toujours avec le virus.

Lindiwe s’exprime ouvertement devant le million de membres que compte le Congress of South African Trade Unions (Confédération des syndicats sud-africains) au sujet de l’importance du préservatif et du droit des femmes à insister sur son utilisation.

Elle encourage tous les membres à s’informer de leur éventuelle séropositivité et à se faire dépister régulièrement; elle plaide en faveur de la prévention de la TME, en rappelant qu’il n’y a absolument aucune raison pour qu’un enfant naisse séropositif aujourd’hui, et elle incite les parents qui viennent l’écouter à parler de sexe et de comportements à risque avec leurs enfants.

L’histoire de Lindiwe montre que la prévention, le traitement et les soins relatifs au VIH/sida ne relèvent pas de la seule responsabilité du ministère de la santé d’un pays.

Les syndicats doivent prendre des mesures plus préventives et plus fermes et inciter leurs membres à agir de la même manière.

Et ce, non seulement pour battre en brèche les difficultés que rencontrent les travailleurs/euses infectés et affectés, mais aussi pour montrer que le lieu de travail est un point d’entrée idéal pour la prévention et le traitement du VIH/sida.

Il faut également que le rôle du monde du travail soit mieux reconnu au niveau de la programmation et de la politique nationale, notamment en ce qui concerne le financement des actions organisées par les travailleurs/euses et les syndicats.

Le programme du SACTWU est un important exemple d’initiative syndicale sur le VIH/sida qui a une incidence positive sur les travailleurs/euses, leur famille et leur communauté.

Même si nous ne pouvons sauver que quelques poissons dans l’immensité de l’océan, notre travail démontre l’impact que peut avoir une action reproductible et adaptable dans le mouvement syndical.

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, ce 1er décembre, il est important de rappeler que, pour agir efficacement contre le sida, il faut combattre les inégalités, promouvoir l’autonomisation économique, obtenir des emplois décents et soutenir les actions sur le lieu de travail à l’aide de programmes et de financements adaptés.

Il apparaît donc clairement que le travail lui-même a l’obligation morale de chercher des solutions à ce problème.

 

*Nom modifié par souci de confidentialité